6 novembre 2015

Immortelle et mauvaise nature humaine

Le visionnage du documentaire consacré à Staline (1) a empêché de dormir le sympathisant communiste que je fus dans ma lointaine jeunesse. Soulagé de n’avoir jamais été encarté, je n’en ai pas moins été sidéré de voir l’ensemble des atrocités commises par le dictateur sanguinaire et sans état d’âme ; ce qui m’a obligé à penser de nouveau au culte insensé qui lui était voué, à l’époque où le PC français était encore un parti qui comptait dans la sphère politique. Le nombre de morts que le tyran a eu sur la conscience, avant et après son alter ego allemand, confirme – si besoin était – que la cruauté est le propre de l’homme. Le pire est que cet état de fait perdure depuis la nuit des temps et  n’est pas près de s’éteindre.

Novembre, mois des morts ; je suis allé fleurir la tombe des miens redevenus poussière, comme il est écrit au début de la Genèse ; j’ai associé dans mes pensées les victimes de l’attentat perpétré en début d’année contre l’équipe de Charlie hebdo. L’absence de nouveaux dessins revigorants de Cabu constitue un grand manque dans la presse quotidienne dont la lecture est déprimante ; je regretterai longtemps la disparition tragique de ce génie de la caricature. Mercredi prochain, ce sont les victimes de la Grande guerre que l’on honore. Une carte postale retrouvée dans mes archives et écrite dans les tranchées par un lointain parent me donne l’occasion d’évoquer la situation de certains de ces hommes envoyés au casse-pipe, de par la volonté de politiciens qui auraient dû apprendre à régler leurs différends devant un jeu d’échecs ou sur un terrain de rugby.

Datée du 23 mai 1915, cette carte écrite par leur cousin Couderc est adressée à mes grands parents maternels, tous deux cévenols. Contre toute attente, cette correspondance montre que certains soldats étaient moins malheureux que d’autres dans ces tranchées qui devinrent le tombeau de nombre d’entre eux. Le texte est bref et peut donc être reproduit intégralement:

Cher cousin et cousine

Me voilà un moment auprès de vous pour vous donner de mes nouvelles toujours bonnes. Je me porte toujours très [bien] et pense qu’il en est de même pour vous tous. Je suis toujours au même endroit et pas trop mal, car en étant ordonnance, je n’ai pas beaucoup de travail ; j’ai eu de la chance d’avoir cet emploi. Cher cousin, je pense que tu dois être toujours à ton travail à voyager d’un côté ou d’autre (2). Ici le temps est beau ; il fait très chaud et on a le temps de prendre le soleil dans les tranchées. Vos petites filles doivent aller à l’école et doivent être déjà savantes. Je ne vois pas autre chose à vous dire pour aujourd’hui que bien des amitiés à tous. Votre cousin dévoué.

Léonce Couderc

Au recto de cette carte postale, dont la teneur est bien différente de celle des courriers de poilus exprimant leur malheur d’être au front, figure la reproduction d’un tableau de Joseph-Félix Bouchor (3).

Le drapeau allemand pris à l'ennemi, 1915

Le drapeau allemand pris à l'ennemi, 1915

Ce tableau immortalise la présentation du drapeau allemand du 87e régiment d’infanterie de réserve aux troupes du XVe corps, drapeau pris par ces dernières au cours d’âpres combats dans la région de Vassincourt-Mussey, le 22 décembre 1914. La cérémonie se déroule en 1915 à Montzéville (Meuse), devant le  général Sarrail et le  général Heymann.

1. « Apocalypse Staline », de Daniel Costelle et Isablelle Clarke, diffusé le mardi 3 novembre sur France 2.
2. Mon grand-père était contrôleur sur les trains du PLM.
3. Joseph-Félix Bouchor (1853-1937). Son frère cadet était le poète Maurice Bouchor (1855-1929).

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