2 octobre 2015

France blanche, noire ou rose

Malgré mes origines sociales judéo-chrétiennes, ma peau n’est ni blanche ni noire ; elle n’est pas rouge non plus et, bien que n’étant pas sioux, je sors de ma réserve. Pour réagir aux propos provocateurs de Nadine Morano sur la « France blanche ». Il n’était pas nécessaire qu’elle rappelle ces évidences mais si elle a cru bon de le faire, ce n’est pas par pure connerie, n’en déplaise à Guy Bedos ; son cas est plus grave. Dans le contexte actuel de crainte diffuse et pas objective de voir la France « envahie » par les étrangers, les Arabes musulmans (qui sont d’ailleurs souvent blancs de peau) et les « gens de couleur » étant particulièrement visés, Nadine Morano savait certainement que sa déclaration entrainerait des réactions et pas seulement de colère. En caressant dans le sens du poil une partie du bon peuple dont le cœur bat plutôt du côté de l’extrême droite, elle imaginait sans doute pouvoir prendre quelques points, lors des prochaines échéances électorales, à un candidat d’un parti qui jusqu’à présent était le seul, avec les identitaires, à affirmer haut et fort les racines « blanches » du pays.

On sait qu’à travers cette revendication s’exprime l’idée d’une « suprématie de la race blanche » dont se sont réclamés autrefois – et encore aujourd’hui malheureusement – des personnalités à la vue étroite, tant de l’ancien que du nouveau monde (1). Les raisons de cette fixation que font certains individus sur la blancheur sont parfois plus personnelles. Dans le cas de Nadine Morano, cela me semble même relever de la psychanalyse ; sa démarche est en effet contradictoire, elle (ou son père), dont le nom de jeune fille évoquait justement la blancheur virginale, a fait changer ce patronyme par décret, si l’on en croit l’article – non démenti – de Wikipedia qui lui est consacré. Pourquoi ne fait-elle pas aussi changer son nom d’épouse ? Si les racines de la France sont blanches, elles sont aussi latines et des « Morano » existent aussi en Italie. Certains ont émigré et sont venus s’installer en France dès le 19e siècle (Ah ces Ritals qui venaient manger le pain des Français !). Il en de même en Espagne. J’ai lu quelque part qu’en Catalogne « Morano » serait un sobriquet utilisé pour désigner les gens à la peau un peu brune, en souvenir des Maures qui occupèrent jadis la péninsule ibérique…

Le mot race, concernant les humains, n’est pas encore banni de la législation français et Nadine Morano l’a utilisé comme au bon vieux temps des classifications raciales. Je préfère de beaucoup la vision qu’avait Peter Ustinov de sa personne. Il raconte avoir eu des ennuis lors de sa première demande de visa pour les États-Unis, lorsqu’il se décrivit de couleur rose. « On me dit sévèrement que j’étais blanc ». (2)

Signé : Razanavajo

1 Gobineau n’a-t-il pas écrit : « L’Histoire] nous montre que toute civilisation découle de la race blanche, qu’aucune ne peut exister sans le concours de cette race et qu’une société n’est grande et brillante qu’à proportion qu’elle conserve plus longtemps le noble groupe qui l’a créée, et que ce groupe lui-même appartient au rameau le plus illustre de l’espèce ». Essai sur l’inégalité des races humaines. Livre I, chapitre 16. – Paris, Firmin-Didot, 1880.
2. Peter Ustinov. Chez moi. – Éditions Stock, 1978.

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