11 mai 2015

De « Filacon » à « filanzane », il n’y a qu’un pas et… une coquille

Encore une incursion (la dernière ?) dans le domaine de l’iconographie malgache ancienne. Dans un billet précédent, que je n’ai pas encore retrouvé, je crois avoir évoqué l’intérêt de faire des recherches sur le web à partir de mots mal orthographiés. La pêche n’est jamais miraculeuse mais elle permet parfois de faire d’intéressantes trouvailles. Il en est ainsi avec le mot « filacon » repéré récemment et qui, associé au mot « Madagascar », donne l’information suivante : « gravure acier imprimée sur papier représentant Madagascar, intérieur de village Sakalave, à Vohemar, groupe de femmes venues pour présenter leurs hommages à l’amiral, le Filacon (chaise à porteur) Fournitures diverses – 1886 gravure de Gustave Janet (1829-1898) ».

Les Malgaches et les personnes connaissant bien la Grande Île et sa culture savent qu’un « l » a malencontreusement remplacé le « t » dans le mot francisé « fitacon » (du malgache « fitakona ») désignant effectivement une chaise à porteurs dans certaines régions de Madagascar, à Mayotte aussi, tandis que dans d’autres, c’est le mot « filanzane » qui est employé. Ces deux mots désignent bien ce même moyen de transport souvent évoqué dans la littérature ; ainsi, dans ses Souvenirs de Madagascar (1) , le Dr Lacaze écrit : « un homme de poids ordinaire a besoin de huit hommes choisis pour le porter [à tour de rôle] dans un fitacon ou filanzane ». D’où provient l’erreur de graphie ? De la notice descriptive relevée sur une gravure qu’ « Amazon » déclare « actuellement indisponible » ou de l’original, dont la société de vente en ligne précise « Nous ne savons pas quand cet article sera de nouveau approvisionné ni s’il le sera » ?

Pour connaitre la réponse, il suffit de se reporter à la reproduction de cette gravure  publiée en 1886 dans « Le Monde illustré » (2) ; elle permet de constater que la légende contient la faute reproduite sur le web. J’ai déjà donné une représentation de filanzane sur ce blog; il était en action; pour faire bonne mesure, j’ajoute  cette représentation de fitacon  à l’arrêt. La première image donne une bonne idée de la difficulté du travail des porteurs dans les passages montagneux. Les personnes transportées autrefois dans les régions où n’existaient que des pistes devaient être de bonne composition, lorsqu’elles  elles étaient un peu secouées; ce ne fut pas toujours le cas car bien des passagers plus qu’irascibles, voire sadiques ont durement maltraité les porteurs de ce « palanquin des larmes malgache », ainsi. qu’en témoignent les survivants de cet esclavage, à Mayotte en particulier.

fitacon

Madagascar, intérieur de village Sakalave, à Vohemar, groupe de femmes venues pour présenter leurs hommages à l'amiral *, le Filacon (chaise à porteur)...

1. Paris : Berger-Levrault, 1881.
2. Numéro 1510, 6 mars 1886, p. 160.
* L’amiral Paul-Émile Miot, cosignataire du traité signé le 17 décembre 1885 plaçant Madagascar sous le protectorat français.

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