13 avril 2015

Ranavalona III et ses caricatures : sources d’hier et veille documentaire d’aujourd’hui

Les lecteurs que n’intéressent pas trop mes billets consacrés à Madagascar pourront zapper car je n’en ai pas encore terminé avec le thème de la veille documentaire sur l’iconographie malgache ancienne. Cependant, ils auraient tort de le faire car ils perdraient là une occasion de sourire, de concert avec ceux qui suivent la reprise de mes pérégrinations « webesques » dans ce domaine. Les dernières m’ont permis de récolter quelques documents méritant d’être signalés et commentés. Ce collectage doit parfois se faire dans l’urgence, vu que certains documents disparaissent rapidement de la toile, notamment lorsqu’il s’agit d’images de cartes postales anciennes proposées sur les sites de vente par correspondance. J’ai déniché aussi une brève étude sur « l’iconographie des souverains malgaches à travers les sources françaises ». Vieux de 34 ans (1) ce travail de pionnier, quoique un peu léger sur le fond et la forme, a le mérite d’exister et montre combien les méthodes de recherche documentaire ont évolué depuis cette époque où Internet n’existait pas encore .

Ranavalona-III_chassée par Gallieni

Bravo Gallieni! Ève-Ranavolo et Adam-anglican chassés du paradis malgache

Quelle que soit leur discipline mais particulièrement dans les sciences humaines, des chercheurs déclarent ne pas pouvoir se dispenser de scruter le web, au risque de passer à côté de documents qu’ils auraient par ailleurs mis beaucoup de temps à trouver dans les dépôts d’archives, comme l’a fait le futur bibliothécaire en 1981. Ce dernier s’est surtout intéressé aux portraits officiels et aux photos de presse des souverains malgaches. Il en a d’ailleurs reproduits quelques uns avec les médiocres moyens techniques à sa disposition. Du fait qu’elles sont apparues tardivement, l’auteur n’a relevé que quelques caricatures ; elles sont pourtant aussi nombreuses que les représentations « sérieuses » mais plus difficiles encore à repérer car elles figurent essentiellement dans les journaux. Avec la numérisation presque systématique, de ces derniers, venant en complément de celle des cartes postales, on voit constamment apparaitre de nouvelles caricatures sur le web. Le « Bravo Gallieni ! » du dessinateur Bobb est de celles-là. Publié en 1897 dans le journal La silhouette, ce magnifique dessin a été repris l’année suivante, mais avec moins de bonheur, dans l’Almanach de la question sociale. Là encore, le nom de Ranavalona est simplifié; il est devenu, non pas Ranavalo,  comme il était courant à l’époque,  mais « Ranavolo » (sic), patronyme qui existe par ailleurs et manifestement d’ origine italienne (2) .

Ranavalona-III_chassée par Gallieni

Le sujet de ce dessin n’est pas anodin. Il nous rappelle la longue rivalité de la France et de la Grande-Bretagne à Madagascar, où l’influence des missionnaires anglais était forte, et la volonté des colonisateurs de mettre la main sur ce pays convoité pour son potentiel stratégique et économique. On sait qu’après un arrangement (3), la Grande-Bretagne laissa les mains libres à la France qui put alors y mener sa guerre de conquête. On connait la suite. Me rapportant au jeu de politique fiction évoqué la semaine dernière, je me plais à penser à ce que serait aujourd’hui la situation politique et économique de la Grande Île si la colonisation n’avait pas contrecarré la marche naturelle de ce pays vers la modernité, évolution commencée avec Radama premier au début du 19e siècle…

Madagascar - publicité pour le chocolat Moreuil

Mainmise de la France sur Madagascar. Image publicitaire. En effigie, la reine Ranavolo (re-sic) pour Ranavalo

1. Mémoire présenté à l’École nationale supérieure des bibliothèques par Monsieur Isidore Tsimaholy. – Lyon : ENSB, 1981. 40 f.
2. La confusion Ranavalo / Ranavolo ne se rencontre pas seulement dans les caricatures et les publicités. On la trouve aussi sous la plume d’auteurs qui avaient la prétention de bien connaitre Madagascar, à l’instar d’E. Delaunay avec son “Trois mois chez les Malgaches”, - Rouen: Mégard et Cie, 1887. - (Bibliothèque morale de la jeunesse).
3. Convention franco-anglaise signée le 5 août 1890. Elle consacre la reconnaissance du protectorat français sur Madagascar, en échange de celle du protectorat anglais sur Zanzibar.

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