23 février 2015

« Regardons vers l’Asie »

Je reprends de nouveau sans vergogne le titre d’un article publié dans le « Progrès civique » (1). Celui-ci est de Victor Vivier et il a paru en 1926. Pourquoi ? Pour le caractère prémonitoire de ce qu’écrivait le chroniqueur il y a presque un siècle. La thèse du journaliste est de démontrer que l’Asie, « d’ où sont sortis les peuples européens » jouera demain un rôle accru dans les relations du monde » et il expose les futurs conflits auxquels il faut s’attendre et dont l’Histoire montrera qu’ils sont effectivement survenus.

L’auteur souligne qu’au lendemain de la Grande guerre, si le sentiment de sécurité prévaut, les Européens auraient tort de ne pas se soucier de ce qui se passe au-delà de la Vistule ou des Carpates car, bien que les traités de Versailles et de Saint-Germain aient marqué un progrès vers la paix, ils n’ont pas « réglé toutes les querelles de l’univers » ; Il souligne aussi que « toutes les parties de notre globe sont désormais solidaires » et que le moindre conflit entre deux tribus d’Arabie ou deux généraux chinois, ou encore une révolution à Téhéran ou à Kaboul, « peuvent avoir les plus néfastes effets ». On voit bien que le chroniqueur a conscience de la mondialisation en marche mais il n’emploie pas ce terme apparu une dizaine d’années plus tôt. il décrit l’évolution probable des peuples d’Asie qui « ont accepté passivement tous les jougs » mais qui sont désormais sortis de leur torpeur ». A ses yeux, « le grand phénomène de notre temps le réveil des populations de l’Asie antérieure et de l’Extrême orient».

Et Victor Vivier d’énumérer les raisons de conflits et ceux en cours en allant d’Ouest en Est. La situation politique de 2015 dans ces régions ne doit pas nous faire oublier qu’après l’effondrement de l’Empire ottoman les Européens ont fait la pluie et le beau temps au Proche Orient où « la Syrie n’est pas encore pacifiée et le sang n’y a que déjà trop coulé », où « les Druzes s’efforcent d’obtenir l’abandon par le gouvernement français du mandat que lui a conféré la S.D.N. » ou encore la Palestine, « tiraillée entre des courants adverses […] les Arabes s’y plaignent des préférences que l’Angleterre suzeraine laisserait transparaitre pour les colons venus d’un peu partout ». Le Chroniqueur poursuit son cheminement : en Jordanie, en Arabie, où les Wahhabites « ont pris Médine, La Mecque et Djeddah et se donnent pour les vrais continuateurs du prophète »…L’Irak, la Perse, l’Afghanistan, l’Inde « dont la rébellion morale grandit contre le Royaume-Uni », la Chine et la querelle des généraux chinois figurent aussi dans ce passage en revue des zones où l’on se bat ou sur le point de le faire.

En 1926, le chroniqueur n’avait pas pressenti qu’une deuxième guerre mondiale allait survenir quelques années plus tard et que cette guerre accélérerait le processus d’émancipation des peuples d’Asie mais il note déjà que l’ « islamisme est redevenu un principe d’exigence et d’offensive ». Les islamistes actuels en donnent, en Asie, en Afrique et en Europe même, une preuve qui va bien au-delà des craintes que l’on pouvait avoir alors.

1. Numéro 335 du 16 janvier 1926.

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