9 février 2015

L’abeille, conte à peine futuriste

AbeilleLa population mondiale des abeilles déclinait depuis des années. Malgré les alertes des apiculteurs et des chercheurs scientifiques dénonçant l’emploi toujours plus massif des pesticides dans les cultures. Bien qu’ils sussent que leurs épandages étaient la cause majeure de la décimation de ces insectes indispensables à la pollinisation des plantes, les agriculteurs continuaient d’utiliser ces produits chimiques fatals pour tous les animaux et les abeilles domestiques en particulier. Ces dernières ayant un intérêt économique bien identifié, le contrôle du cheptel était plus facile à faire sur elles que sur les populations sauvages puisque les effectifs pouvaient être comptabilisés de façon précise par les professionnels. Il n’en reste pas moins que la raréfaction des abeilles dans les ruches et de tous les autres insectes dans la nature aggravait l’effet induit sur les populations d’oiseaux insectivores. Les martinets et les hirondelles ne venaient plus nicher sous le toit des vieilles maisons où elles revenaient chaque printemps depuis des temps immémoriaux.

Abeille

Apis mellifera fricusfera unica

C’est alors qu’une tête pensante travaillant au sein d’un conglomérat industriel réunissant trois grands départements (industrie chimique, recherches sur le vivant, semences agricoles) trouva la solution miraculeuse qui allait sauver les abeilles: la découverte simultanée d’un pesticide à effet sélectif et une nouvelle espèce d’abeille créée par le département de recherches sur le vivant. Le pesticide n’avait aucun effet négatif sur la nouvelle venue. Une sélection rigoureuse et de longues expérimentations permettaient aux chercheurs maison de déclarer qu’Apis mellifera fricusfera unica, son nom de baptême, rendait inutiles toutes les autres espèces moins résistantes et permettait aussi de relancer la production de miel et de ses produits dérivés. Forte de son succès et encouragée par les lois européennes qui autorisaient de breveter le vivant, les semences en particulier, le conglomérat déposa un brevet exclusif sur le nouvel insecte  tout en augmentant ses ventes de pesticides.

Abeille

En peu de temps, Apis mellifera fricusfera unica s’était substituée à toutes les autres espèces d’abeilles mellifères qui avaient inexorablement disparu de la planète et tout allait pour le mieux dans le mieleur des mondes ; les ruches débordaient d’activité et regorgeaient de ce miel si apprécié des hommes. Les ours pyrénéens n’étaient plus là depuis longtemps  pour se lécher les babines. La belle aventure dura quelques années; Puis, sans crier gare, un nouveau virus d’une rare virulence attaqua les premières colonies. Une pandémie colossale s’ensuivit, se propageant comme une trainée de poudre. Elle eut bientôt raison de la dernière espèce d’abeille domestique subsistant sur terre, avec de telles conséquences sur la vie des hommes qu’on n’ose même pas les imaginer.

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