5 novembre 2009

Epuiser le sujet mais pas le lecteur

Comme le disciple de Faust, verrons-nous avec “Google Livres”, en quelques années seulement et non plus de siècle en siècles, “s’exhausser l’édifice monumental de l’illisible”? Ainsi complétée, la citation de Paul Valéry (Mon Faust) volontairement tronquée qui terminait la précédente note me permet de poursuivre sur le sujet en donnant les exemples annoncés. Oui, je pense que l’injection massive sur le web du patrimoine imprimé universel numérisé soulève la question de la pseudo scientificité de nombreux textes du passé et l’impossibilité pour Google d’atteindre l’exhaustivité.
Pseudo scientificité des textes (littéraires, historiques et de toutes sortes). Combien de millions de surfeurs n’ayant pas assez d’esprit critique ou tout simplement la culture nécessaire pour séparer le vrai du faux vont prendre ces écrits, quelle qu’en soit la nature, pour argent comptant? Les moins bien avisés s’appuieront sur eux, soit en les citant, soit pour relayer leur contenu s’il correspond à leurs idées personnelles ou à leur idéologie …

N’ayant pas abordé depuis longtemps un des sujets récurrents de ce blog, Madagascar, je prends le premier exemple dans une notice biographique consacrée à un personnage malgache célèbre. Cette notice a été publiée originellement dans la “Biographie universelle ancienne et moderne ” de Michaud (1) . Cet ouvrage se trouve maintenant en texte intégral sur le Web ; il a été numérisé, non par Google mais dans la cadre de Wikisource. Outre les erreurs originelles qu’il véhicule , le texte numérisé contient de multiples coquilles dues à un ORC (système de reconnaissance de caractères) défectueux. Que dit la notice consacrée à Radama 1er, souverain authentiquement malgache qui a régné sur la Grande l’île au début du 19e siècle : “Radama, né en 1791 et créole originaire d’Espagne…” On peut s’interroger sur le nombres de notices aussi peu fiables figurant dans ce monumental ouvrage dont les éditions imprimées sont encore utilisées par les chercheurs. Heureusement, ces derniers savent par expérience qu’il faut vérifier l’exactitude des informations qu’il contient mais qu’en est-il du profane ? Les reproches que l’on fait aujourd’hui à Wikipedia valent aussi bien pour ces ouvrages du passé dont les auteurs faisaient preuve de peu de rigueur scientifique ou qui se contentaient de transcrire sans les contrôler les connaissances approximatives de leur temps. Tous ces textes qui dormaient plus ou moins sur les rayons des bibliothèques vont désormais rayonner sur le web…

Photographie d’après un tableau (flatteur ?)  d’André Coppalle (1797-1845) peintre et auteur d’un Voyage dans l’intérieur de Madagascar et à la capitale du roi Radama 1er.

Radama I (1792-1828). Photographie d’après un tableau (flatteur ?) d’André Coppalle (1797-1845)

Exhaustivité impossible. De même que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a, Google ne pourra pas reproduire les textes qui n’ont pas été déposés. Parmi les écrits ayant échappé au dépôt légal dans les pays où cette obligation existe,  certains peuvent néanmoins contenir des informations d’un grand intérêt.  Le second exemple provient d’une plaquette dont je n’ai trouvé le signalement dans aucun catalogue de bibliothèque en ligne. Elle a été publiée en 1955 par l’Union internationale des étudiants pour l’Association des étudiants d’origine malgache (A.E.O.M.) à l’occasion de son 7e congrès national tenu à Melun, congrès qui coïncidait avec le 20e anniversaire de l’association. Celle-ci existe toujours ; j’ai  évoqué ses débuts mais l’histoire circonstanciée du premier mouvement étudiant malgache est maintenant accessible sur le web. 1955 marque un tournant qui voit l’affirmation du nationalisme de ses animateurs. Outre le programme du Congrès et les rapports de diverses commissions et celle du bureau central, on trouve dans cette plaquette deux textes sur la coexistence franco-malgache (dont un est signé par Stanislas Rabialahy prisonnier politique libéré l’année précédente) et un message amical du Dr Rakoto-Ratsimamanga…Ces noms bien connus des Malgaches sont déjà présents sur le Web mais combien d’autres restent dissimulés au sein de documents qui ne seront peut-être jamais numérisés?

(à suivre, encore)

1. Biographie universelle ancienne et moderne : ou histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes. Tome trente-cinquième, [Raa-Ric] / [publ. sous la dir. de M. Michaud] ; ouvrage réd. par une société de gens de lettres et de savants. - [2e éd.], nouv. éd., rev., corr. et considérablement augm. d’articles omis ou nouveaux. -Paris : Madame C. Desplaces ; Leipzig : F. A. Brockhaus, [186-?]
2. VIIe Congrès national, XXe anniversaire, 12-16 avril 1955 - Association des étudiants d’origine malgache / publ. … par l’UIE. - [S.l.] : Association des étudiants d’origine malgache, 1955. - (Cahiers A. E. O. M., n.5).

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