9 janvier 2015

Animateurs de Charlie hebdo assassinés : la France et le monde en deuil

Pour moi, la vie s’est arrêtée à l’annonce de l’assassinat collectif perpétré sur les journalistes de Charlie hebdo en cet apocalyptique matin du 7 janvier. Il m’a été impossible de réagir immédiatement sur ce blog, tant j’étais atterré par cet acte démentiel qui me semblait, à tort, impensable en France. Deux jours sont passés et la vie semble avoir repris un cours normal, si l’on en juge par les programmes de certaines radios qui ont retrouvé leur train-train quotidien. L’athée pas particulièrement porté sur les rites que je suis, aurait aimé, qu’au-delà de la minute de recueillement, la mise en berne des drapeaux et les manifestations de soutien à la liberté d’expression, un deuil officiel ait marqué plus longuement cet événement inqualifiable qui s’est produit au pays des libertés. Personnellement, je suis en deuil et je me sens orphelin car Cabu était une sorte de père spirituel, un “dieu” en quelque sorte, comme pour tous les dessinateurs qui admiraient son incomparable talent.

Ses assassins, dont le quotient intellectuel doit être très faible - ce qui les rend incapables de mesurer l’énormité de leur acte - sont français, malheureusement car ils ne méritent pas de l’être ; leur origine maghrébine et leur parcours qui est loin d’être un modèle de réussite, ne leur donne aucune excuse. C’est à leurs semblables prêts à les suivre dans cette démarche insensée que je m’adresse. En jugeant « blasphématoires » les dessins d’un Cabu, d’un Charb ou des autres dessinateurs talentueux « morts pour irrévérence » en prenant pour cible les dérives des religions et en particulier celle dont vous vous réclamez. Vous la connaissez bien mal car vous n’en retenez que les quelques préceptes qui vous arrangent pour perpétrer des assassinats monstrueux et anachroniques. Vous n’avez pas lu tous les chapitres du Coran. Si certains appelaient (autrefois!) à pourchasser les « infidèles », d’autres invitent à la tolérance « Et quand tu verras ceux qui plaisantent avec nos signes, alors détourne-toi d’eux jusqu’à ce qu’ils changent de conversation. Et si Satan te fait oublier ce précepte, alors après t’en être souvenu, ne reste pas assis en compagnie des injustes ». (Ch. 6 : 69).

Au 21e siècle, il est absolument intolérable qu’on appelle au meurtre et qu’on tue au nom d’une religion, comme l’ont aussi fait les Croisés à la fin du premier millénaire. Nous sommes au troisième et, après les luttes victorieuses pour la liberté de conscience, si certains croyants sincères voient dans la religion qu’ils pratiquent l’élément moteur de leur vie spirituelle, grand bien leur fasse et il semble que cette conception subsistera encore longtemps puisque le besoin de Dieu génère l’apparition constante de nouvelles religions. Je ne suis pas contre l’idée qu’elles participent au monde, si elles peuvent élever la pensée et la réflexion de leurs adeptes, si elles inspirent leurs actes quotidiens (pour le bien!) et si elles concourent à améliorer la condition matérielle des pauvres mais ce que Pierre Larousse écrivait sur l’origine des religions dans son Grand Dictionnaire du 19e siècle s’applique aussi à leurs effets les plus pervers, comme viennent de le démontrer les deux hallucinés qui ont froidement assassiné douze personnes : « Les hallucinations sont, en effet, le secret de tous les événements considérables qui ont provoqué la fondation des religions ».

Je suis Charlie

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2 commentaires à Animateurs de Charlie hebdo assassinés : la France et le monde en deuil

  • Merci pour ta réaction semblable à celle d’amis avec qui j’ai parlé de ce malheur ou qui m’ont écrit. J’ai aussi entendu, et je le déplore, quelqu’un que je côtoie de temps en temps me dire que les journalistes “l’avaient un peu cherché”. Tu vois le travail de pédagogie qu’il reste à faire, tant sur le plan individuel que collectif. La prochaine fois que je rencontrerai cette personne d’origine marocaine, je lui donnerai à lire la “Lettre ouverte au monde musulman”, ce beau texte du philosophe Abdennour Bidar que tu m’as communiqué. Quant à l’impropriété du terme “contre-nature”, tu as raison mais je crois avoir déjà utilisé tous les autres pour commenter ces assassinats inqualifiables.
    C.

  • Fredo

    Cher frangin en compassion,
    J’ai été pareillement affecté par l’assassinat de ces illustres “hâteurs de l’actualité” que j’ai pleurés deux jours durant. Les assassins sont les seuls blasphémateurs dans cette sinistre histoire et ils ne peuvent se réclamer de l’Islam.
    Dans ton article que j’approuve de tout cœur, il y a ce passage où tu qualifies l’attentat d’événement “contre-nature ” . Même entre parenthèses, le terme ne convient pas, car n’est-ce pas le propre de la culture de défier la nature? Je préfère l’épithète “inimaginable ” ou “inconcevable “, voire “impensable “. Des articles fort intéressants ont été écrits dans Réforme des 2 semaines suivant les attentats, ainsi que dans le Télérama du 14 janvier. Je me constitue un dossier de presse sur la liberté d’expression.
    Hier , 1er février, au temple nous avions organisé un café philo sur le thème : y a-t-il des limites à la liberté d’expression? De bons échanges où Régis Debray , Sartre et Pierre Desproges ont émaillé le débat. Je reviendrai là-dessus une prochaine fois. Cordialement, Frédéric.