28 octobre 2009

Google : feuilleton ou mille-feuille?

Google - gougueuleOn parle beaucoup de Google ces temps-ci, en particulier à propos de son programme de numérisation du patrimoine livresque mondial. Des bibliothèques, et non des moindres, qui avaient mis en œuvre leurs propres projets de numération, rationnels et thématiques, trouvent plus simple de s’en remettre à la firme dont les moyens importants permettent d’avancer vite et tous azimuts Cet appétit de fichage (Google ne s’intéresse pas seulement à la numérisation des textes) a de quoi inquiéter. Ainsi en Allemagne, les voitures des équipes de Google qui filment les rues des villes pour une espèce de jeu de piste virtuel (google Street View) ne sont pas les bienvenues et les éditeurs qui se sont aperçu que Google numérisait des livres dont ils détenaient les droits n’apprécient pas trop ce phagocytage gargantuesque. On a du mal à croire que Google agit de façon désintéressée lorsqu’il prétend vouloir maintenir à terme l’accès gratuit aux textes qu’il numérise. Lorsqu’il aura, sinon terminé mais atteint un « taux de couverture » qu’il jugera rentable, rien n’interdit de penser qu’il instituera alors le paiement d’un droit d’accès aux documents numérisés, trouvant là une nouvelle source de revenus considérable.

Ce n’est cependant pas cet aspect financier qui m’intéresse aujourd’hui mais la dimension documentaire de l’entreprise. Égoïstement, je suis pour ma part assez satisfait de pouvoir accéder directement aux documents dont j’ai besoin, que je ne possède pas dans ma bibliothèque personnelle et qu’il me faudrait aller consulter dans une bibliothèque publique. Ces dernières ont d’ailleurs du souci à se faire quant à l’évolution future de leur taux de fréquentation. Il diminuera d’autant lorsqu’on n’aura plus besoin de sortir de chez soi pour trouver toutes les informations factuelles ou textuelles dont chacun a besoin.

La recherche documentaire chez soi

La recherche documentaire chez soi, telle qu’on l’imaginait à l’ère du Minitel.

« Toutes les informations » est peut-être beaucoup dire car en matière de livres, une fraction importante ne figure dans aucun recension bibliographique. Il y a quelques années, il était en effet communément admis qu’en France 20% des livres imprimés échappaient au dépôt légal. Ces textes non référencés ne sont sans doute pas indispensables (les cimetières de livres sont remplis de documents indispensables) mais qu’en est-il des publications périodiques (journaux, revues éphémères d’hier et d’aujourd’hui? Ces dernières contiennent des informations que d’autres publications plus savantes n’ont pas retenues (biographies voire simples citations de personnes). Google va-t-il incorporer ces publications mineures dans le champ de ses investigations? Un autre aspect de ce travail gigantesque pose encore un problème : celui de son exploitation. Comme le disait Alice «A quoi sert un livre sans images et illustrations » à quoi (et à qui) serviront tous ces textes numérisés sans indexation permettant de les retrouver intelligemment?

Il suffit de constater le désarroi d’un lecteur qui ne sait pas ce qu’il cherche dans une librairie ou une bibliothèque pour comprendre que seuls les familiers de la pratique des textes, quel que soit le cadre dans lequel ils ont été publiés (livre ou périodique) sauront les exploiter et faire la part du vrai et du faux. Google a-t-il prévu de coupler les textes qu’il reproduit aux fiches matières élaborées par les bibliothèques, aux indexations élaborées par les bases de données spécifiques ou encore aux critiques concernant ces textes publiées dans les revues spécialisées? En effet, Google numérise mécaniquement et à tour de bras romans, dictionnaires et encyclopédies du passé, entre autres, sans avoir introduit jusqu’à présent d’apparat critique. Le profane saura-t-il faire la différence entre ce qui est communément admis comme une vérité intangible et les élucubrations élaborées au cours des siècles? Je donnerai deux exemples concrets de ce que je viens d’énoncer dans la note de la semaine prochaine. (à suivre donc)

Tous ces tomes en pénitence, le dos définitivement tourné à la vie...<br> (Paul Valéry)

Tous ces tomes en pénitence, le dos définitivement tourné à la vie...(Paul Valéry)

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