10 novembre 2014

Et pourtant la France ne manque pas de ressorts

Pauvre François hollande au plus bas dans les sondages, pire que Barack Obama. Je ne reviens pas sur le parallélisme des trajectoires de ces deux chefs d’État. Ils ont ma sympathie, quoi qu’ils fassent, car il faut une certaine dose de courage pour lutter contre vents et marées et surtout contre une opinion publique versatile et maintenant en profond désamour avec eux. De Gaulle avait dit que les Français étaient des veaux. Je pense que beaucoup sont plutôt du genre mouton de Panurge, prêts à suivre le premier berger venu, de préférence le plus loquace, même si derrière ses propos bien ficelés, il n’y a aucun projet concret. Sur le plan du suivisme, je suis aussi très déçu qu’un quotidien comme « Le Monde » s’agrège au troupeau en accordant deux pleines pages à Eric Zemmour, après en avoir accordé autant à Marine Le Pen dont le franc parler fait aussi son succès. Mais quoi, celui du livre du premier permettra bien à un quotidien - qui n’est décidément plus ce qu’il était - de vendre quelques exemplaires supplémentaires…

La France idéalisée d’autrefois chère à Eric Zemmour remonte-elle aux Gaulois ? Si c’est le cas, il faudrait que le journaliste se souvienne, s’il ne le sait pas déjà, que nos ancêtres aux cheveux blonds, Celtes venus d’Europe centrale, ont envahi un pays qui ne s’appelaient pas encore la Gaule et qui en était encore à l’âge de la pierre (polie, pour être honnête !) Ces premiers immigrants connus (déjà !) y ont apporté des techniques ayant permis de notables progrès sur divers plans. Je pense en particulier à une moissonneuse poussée, et non tirée, par un mulet qui permettait aux agriculteurs de faciliter la récolte des épis. Ce sont ces immigrations et les autres qui ont suivi (les Francs par exemple, populations germaniques venues elles-aussi de l’Est, comme chacun sait) qui ont contribué à faire la France en enrichissant sa culture d’apports successifs et continuels, un peu comme aux États-Unis mais depuis plus longtemps.

L’identité et la richesse française se sont ainsi forgées et ce pays fut une des plus grandes puissances, voire la plus grande, jusqu’à la première guerre mondiale. Elle était encore parmi les premiers pays industriels du monde il y a quelques décennies. Pourquoi ne l’est-elle plus ? Parce qu’elle manque de ressort et, paradoxalement, parce qu’elle en a parfois trop ! Je vais m’expliquer, en prenant un exemple trivial qui fera sourire mais qui est un symptôme, parmi d’autres, des dysfonctionnements français. Si l’ingéniosité des diverses industries françaises, héritière d’un long passé d’inventivité comme on l’a vu, est un atout pour le pays, cela peut devenir un handicap lorsqu’on veut trop bien faire mais venons-en justement à ces fameux ressorts.

Je veux parler de ceux qui maintiennent le plan frontal des tiroirs de cuisinière! Quelle que soit la marque de l’appareil de cuisson, qui n’a pas été confronté un jour au problème de ces ressorts qui sautent ou qui cassent, obligeant à trouver une solution qui aurait pu tout simplement être adoptée à l’origine, c’est à dire visser, souder ou riveter. Mais voilà, l’ingénieur concepteur d’un autre mode d’assemblage y tenait et l’a imposé à la production. Sans doute parce que dans l’usine fabriquant ces appareils, les groupes de réflexion dans lesquels circulent les idées (et où elles sont même sollicitées) n’existent pas. Le culte du chef et l’omnipotence de certains d’entre eux, fussent-ils des médiocres, voire des incapables, bride l’ingéniosité des ouvriers.

Les usines ne sont pas les seules concernées par ces freins car on retrouve très souvent les mêmes dans le tertiaire ou le monde de la recherche, bref, dans tous ces milieux de travail où c’est l’organigramme qui a force de loi, alors qu’il ne devrait être qu’un indicateur des responsabilités dans l’entreprise. La baisse de compétitivité est aussi due aux abus d’autorité générateurs de stress au travail. Avant de dénoncer l’absentéisme, il faudrait d’abord réfléchir aux conditions d’exercice de ces personnes contraintes de consulter un psychiatre et imposer, à tous les niveaux des hiérarchies, des règles de comportement basées sur l’intelligence partagée. Mais n’est-ce pas la chose qui l’est le moins dans ce monde en lutte permanente, comme à l’aube de l’humanité ?

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