27 octobre 2014

Au zoo de Paris rénové, il n’y a pas que des déconvenues

La semaine dernière, j’ai évoqué, sans les décrire puisqu’ils sont de notoriété publique, les objectifs du parc zoologique de Paris rénové; j’ai surtout rendu compte des deux déconvenues rencontrées avant même d’y être entré. La troisième déconvenue, et il y en a d’autres malheureusement, fut de constater l’absence totale d’animaux originaires d’Asie et des régions du pôle nord. Ce qui fait qu’ont disparu plusieurs des « vedettes ; les anciennes : ours (blancs, bruns, noirs) et tigres; les récentes, comme le panda géant; autres géants : les éléphants d’Asie ne sont plus là, de même que

Hippopotame du zoo de Vincennes (1989)

Rodolphe

l’hippopotame Rodolphe. Cet animal,  éminemment africain et cher au cœur de nombreux visiteurs des zoos en général, n’est pas revenu de son exil algérois. Il aurait très bien pu être réintégré dans la zone Sahel-Soudan et on aurait eu plaisir à le voir évoluer sur terre, et particulièrement  sous l’eau, dans un nouvel enclos doté d’un bassin comportant une partie vitrée, sur le modèle de celui des lamantins qui a été créé. Ses ébats subaquatiques y auraient été très remarqués. D’autant plus qu’un rhinocéros a été conservé, figé dans un enclos qui me semble assez loin du souci esthétique proclamé par les initiateurs du renouveau ; l’entourage de cet enclos, constitué des planches de bois massives fixées à des poteaux par des tire-fonds, dissimule mal les engins techniques et les locaux de service. Ce décor, omniprésent puisqu’on le retrouve ailleurs - autour des girafes notamment -, fait beaucoup moins «  naturel » que l’environnement de faux rochers de qui parsemaient ’ancien zoo.

Rhinocéros du zoo de Paris rénové (2014)

Rhinocéros photogénique en son enclos qui ne l'est pas du tout

L’option “rochers artificiels” n’a cependant pas disparu car si beaucoup de ces constructions en béton ont été détruites, d’autres, dessinées avec plus d’originalité et de vraisemblance, ont été créées.

En réaménageant, dans l’esprit et dans la forme, le parc en cinq biozones, relativement vastes pour certaines, et en privilégiant une démarche scientifique loin de la démarche « spectacle vivant » qui caractérisait en partie l’ancien zoo, toutes ces espèces qui faisaient précisément le spectacle ont donc été sacrifiées. Dans ce registre, ne restent que les babouins dont une troupe originelle a été réintégrée mais pas les ours blancs et notamment le  gros facétieux qui semblait prendre plaisir à éclabousser son public ravi en se jetant brusquement dans sa mare à l’eau jaunâtre. Il  n’est plus là pour le faire rire.

Les lions du parc zoologique de l'exposition coloniale de Paris (1931)

Les lions du parc zoologique de l'exposition coloniale de 1931, en apparente liberté devant la foule (solution qui sera adoptée ensuite pour le zoo de Vincennes)

Quant aux lions, ils  dominent dorénavant les visiteurs qui les regardent;  l’immense douve entourant jadis  leur domaine et qui constituait un dispositif novateur à l’époque de sa création (2) a fait place à un enclos garni de vitres judicieusement disposées et donnant effectivement une impression de « liberté ». Les animaux n’en sont pas moins incarcérés et le puma qui va se cacher quand trop de monde le regarde me semble la preuve évidente de cet enfermement

On ne vient plus au zoo pour rigoler mais pour apprendre à mieux connaitre des animaux dont certaines espèces sont tragiquement en voie de disparition. Et c’est sur ce point que l’on peut concéder qu’un zoo présente une utilité: par sa participation à des programmes internationaux pour la préservation d’espèces qui disparaitront quand même, malgré tous les efforts faits pour retarder cette fin quasi inéluctable.

Lamantin du zoo de Paris rénové

La solitude du lamantin

Mais à vouloir trop bien faire en matière de « confort » des animaux, il faudrait veiller à ce que les dispositifs fonctionnent correctement. A cause d’un sas fermé, Barry, l’un des deux lamantins - animaux mal connus et rares dans les zoos -, est mort asphyxié, peu de temps après son arrivée dans son aquarium. Cela montre bien que de tels environnements, aussi sophistiqués soient ils, ne donneront jamais qu’une apparence - et pour les seuls humains - de milieu naturel.

Finissons sur une note positive malgré une réalité qui l’est moins sur le terrain. Madagascar est désormais à l’honneur au zoo de Paris rénové. La magnifique serre qui abrite de beaux spécimens de la faune et de la flore originales de cette île en perdition est placée aux premières loges, non loin de l’entrée. Sans doute parce que les milieux naturels de l’île-continent sont parmi les plus menacés de la planète. A cause de la pauvreté et de l’incurie qui y règnent encore.

Flore et faune de Madagascar

L'exception malgache

1. On sait peu que ce dispositif, directement inspiré des réalisations de Carl Hagenbeck, avait été aménagé en 1931 dans le parc zoologique de trois hectares attenant à l’exposition coloniale (il était implanté au sud-est du lac Daumesnil) et repris dans ses grandes lignes au zoo de Vincennes en 1934.

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