29 septembre 2014

Paris cadenas : assez !

L’acquisition récente d’un « Panorama des 7 ponts » trouvé fortuitement chez un encadreur m’a rappelé avec nostalgie ce Paris que j’ai habité dans les années 70. Il  ressemblait fort à celui représenté sur cette gravure colorisée de grand format (56 x 22 cm) vraisemblablement reproduite à partir du négatif sur verre en noir et blanc réalisé par l’agence Rol en 1919. On retrouve d’ailleurs cette vue sur les nombreuses cartes postales publiées au début des années 20 mais ces dernières n’en donnent qu’une image fragmentaire. La photo aurait été prise du haut de l’église Saint-Gervais, On aperçoit nettement le gracile pont des arts devenu aujourd’hui la plus importante cible des accrocheurs de cadenas.

Paris - panorama des 7 ponts

Paris - panorama des 7 ponts

Cette manie, relativement récente, d’accrocher des cadenas dits « d’amour » aux parapets grillagés de certains ponts (celui des arts a fait école) au point de les défigurer et de les fragiliser est pour moi le signe que le cerveau des « accrocheurs » n’est pas moins cadenassé ; en outre, ce panurgisme des « amoureux » (certainement pas de Paris) en dit long sur la connerie humaine, comme les noms encore et toujours gravés dans la pierre des monuments historiques ou les cœurs incisés autrefois sur le tronc des arbres. Ce besoin de symboles forts montre que nos sociétés modernes sont toujours adeptes du fétichisme.

Le pont des arts cadenassé

Le pont des arts cadenassé

La mairie de Paris a pris des mesures contre ce danger et cette pollution visuelle; on espère qu’elles seront rapidement appliquées mais il faudra aussi surveiller tous les endroits susceptibles d’ « accueillir » des cadenas, comme cette barre d’amarrage de bateaux photographiée récemment sur le parapet d’un quai de l’Ile Saint-Louis. Espérons que la revente des cadenas aux ferrailleurs compensera une partie des frais engagés pour la remise en état des ponts.

Cadenas à Paris, Ile Saint-Louis

Cadenas à Paris, Ile Saint-Louis

Il faudrait aussi faire la leçon à ceux qui exploitent la bêtise humaine largement partagée et l’encouragent en vendant des cadenas « pour les ponts », par correspondance,  comme j’ai pu le voir sur plusieurs  sites web mais aussi  dans les boites de certains marchands de souvenirs proches du pont des arts. Pour ces pseudo-bouquinistes, le livre semble n’être plus qu’un accessoire auxiliaire, moins rentable que tous ces objets de pacotille qui font beaucoup ressembler cette partie des quais de la Seine à la butte Montmartre.

Le pont des arts à Paris au début du 20e siècle

Le pont des arts au début du 20e siècle

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