12 novembre 2008

Madagascar & États-unis au temps de Ranavalona III

L’éclatante et espérée victoire de Barack Obama a été saluée avec un enthousiasme indescriptible tant aux États-unis qu’en de nombreux pays. A part les autorités russes qui affectent n’attendre aucun changement de la politique américaine, ou les dictatures dont on ne sait rien parce que les citoyens n’y ont pas la parole, une grande vague d’espoir a déferlé dans les médias et sur lnternet. Comme il n’est pas aisé de parler d’un sujet qui a déjà été traité sous beaucoup d’angles, je l’aborde après avoir lu les réactions des Malgaches sur le web, exprimées chez eux et au sein de la diaspora.

Pourquoi les Malgaches ? Parce que leurs réactions n’étaient pas moins enthousiastes, avec des motivations variées ;  parce que  je m’intéresse, mes lecteurs le savent, à l’histoire de ce pays dont 5O% de mes gênes proviennent et encore parce que Madagascar représente parfaitement cette notion de métissage dont il est beaucoup question depuis qu’un « métis » est devenu, après quelques autres, une célébrité mondiale et pas dans le domaine du sport, une fois n’est pas coutume. L’idée de rapprocher un homme politique américain d’origine à moitié africaine et Madagascar veut également faire écho à un bref moment de l’histoire de l’île peu avant sa conquête par la France coloniale, à la fin du 19e siècle.

Carte de Madagascar en 1895

Seules les personnes concernées par ce sujet savent que la Grande Ile était alors un état souverain ayant un politique étrangère qui ne se limitait pas aux contacts avec la France. Celle-ci légitimait sa volonté d’annexion par le fait qu’elle y avait planté son drapeau dès le 17e siècle (il y flotta pendant quelques années) et bien sûr, « pour y défendre ses intérêts ». Avant sa chute, la monarchie merina traitait en effet d’égal à égal avec plusieurs gouvernements européens et avec celui des Etats-Unis avec lesquels elle entretenait aussi des échanges commerciaux. Les tissus, de soie symbole d’amitié, présents offerts en 1886 au président Grover Cleveland par Ranavalona III, dernière reine de Madagascar, restent un témoignage précieux de ces relations d’état. Cela se passait dix avant que ne soit déposée la souveraine d’un pays aux facettes si multiples et sur des plans si divers qu’on a écrit qu’il est un petit continent.

Sur le plan humain, pour n’aborder que celui-ci d’autant qu’il est de circonstance, Madagascar est une mosaïque de types physiques. Les vagues successives de populations qui se sont installés et intégrées dans l’île depuis le début de son peuplement (relativement récent) se traduisent par une diversité de couleurs d’épidermes qui vont du noir au presque blanc! Africains, Indonésiens, Arabes, Européens, Indiens en ont fait un melting pot avant la lettre et il n’est pas facile d’établir les parts biologiques respectives de ces apports successifs.

jeunes filles malgaches (1925)

« Vierges [sic] malgaches lisant « Septimanie » dans les jardins de la Résidence de Soavinandrianak [sic], à 135 kilomètres de Tananarive ». Ces jeunes filles des hautes terres centrales de Madagascar donnent un bon aperçu de la diversité des types physiques malgaches.Photo d’origine inconnue encartée avec cette légende approximative dans le numéro de Noël 1925 de « Septimanie ».

La langue malayo-polynésienne contribue a l’unité de la nation malgré des variétés dialectales, à défaut d’une unité sociale qui tarde à se réaliser du fait des clivages ethniques et de castes hérités du passé. En outre, comme aux États-unis, l’esclavage a sévi à Madagascar et ces deux états ont aussi en commun ce peu glorieux passé dont il reste encore des traces. Métisse,  Madagascar l’est donc depuis ses origines ; ce qui fit dire à celui qui fut le premier président de cet état devenu une république après son accession à l’indépendance que : « les Malgaches étaient « les seuls véritables Afro-Asiatiques ».

femme merina

Voir la suite dans la note du 10/02/10



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