23 juin 2014

Des bancs du lycée aux champs de bataille et d’une guerre à l’autre

La semaine dernière j’évoquais l’année 1915 et l’arrivée dans l’armée d’un jeune homme qui était encore lycéen quelques années auparavant. En 1918 naissait un des ces garçons qui vingt ans plus tard allaient grossir à leur tour les rangs d’une armée de nouveau en guerre. A la différence de la précédente, cette armée fut battue à plate couture en quelques semaines. De ce fait, beaucoup de ces jeunes gens se retrouvèrent dans les camps de prisonniers. Raoul Damotte était de ceux-là.

Pourquoi Raoul Damotte ? Parce qu’il fut un élève brillant du lycée Charlemagne de Paris où j’ai moi-même usé mes fonds de culotte à la génération suivante, sans grand talent d’ailleurs. Il était aussi bon dessinateur et le peu que je connaisse de lui, je l’ai appris par le truchement de documents déjà évoqués sur ce blog, à savoir les palmarès publiés à l’occasion des distributions de prix de fin d’année scolaire. Ainsi en 1937, le “demi-pensionnaire de la classe de mathématiques spéciales” obtient le prix du Concours spécial organisé pour illustrer cette publication. Son dessin primé a figuré sur les couvertures à partir de cette date. En 1939, le talent de dessinateur de Raoul Damotte est confirmé puisque l’élève obtient le 1er prix de dessin et le 4e de dessin technique. Ce bon élève figure au tableau d’honneur pour les trois trimestres car il brille aussi dans d’autres disciplines ; il obtient le 5e prix de sciences physiques cette même année 1939. Mens sana in corpore sano, Raoul Damotte n’est pas qu’un pur esprit ; il est aussi sportif ; il obtient le 1er accessit d’éducation physique. Mais n’est-ce pas lui qui avait obtenu en 1935 le brevet de natation de fin de Saison à Dinard ? (Archives Ouest-France).

Le Web est aujourd’hui le complément obligé d’une recherche livresque et, s’il ne permet pas de savoir quelle carrière a ensuite été celle du brillant élève, on apprend par ce biais que les espoirs de Raoul Damotte furent certainement très déçus l’année suivante ; en effet, l’habitué des palmarès figure sur une liste d’un tout autre genre qui a dû le marquer à jamais : la « liste officielle numéro 11 des prisonniers français, dressée en 1940 d’après les renseignements fournis par les autorités allemandes [d’occupation] » (1). On apprend ainsi que le prisonnier Raoul Damotte, né le 14 mars 1918 à Cohenay (Haute-Saône), était alors aspirant au 185e R.A.L.T. (Régiment d’artillerie lourde tractée). D’une guerre à l’autre disais-je au début de ce billet. 20 ans plus tard, j’ai failli passer à mon tour des bancs du lycée aux champs de bataille; un « sursis pour études » m’a heureusement évité de partir en Algérie…

1. Liste publiée par le Centre national d’information sur les prisonniers de guerre qui se trouvait alors 60 rue des Francs-Bourgeois à Paris (3e).

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