2 juin 2014

Ranavalona III la reine naufragée

Des trois reines ayant porté ce nom, Ranavalona III est la plus connue, du fait des séjours en France chichement accordés par le gouvernement français à la souveraine malgache que l’autocrate Gallieni avait destituée en 1897. Le premier séjour, en 1899, est une brève escale à Marseille ; la reine passe de son exil réunionnais à son nouveau lieu de résidence forcé : Alger. Ces venues en « métropole » rompent la triste monotonie d’un exil interminable imposé à une femme qui ne retournera pas, de son vivant, sur sa terre natale. Chaque fois qu’elle vient sur celle du colonisateur,  c’est avec les honneurs dus à son ancien rang qu’elle est reçue, tant par la société civile que par les autorités. Si le souvenir de « Ranavalo » est quasiment oublié de la plupart des Français d’aujourd’hui, la reine déchue a fortement impressionné les contemporains d’une époque qui marque la fin des conquêtes coloniales. Sa personnalité a inspiré des écrivains, et non des moindres ; dans A la Recherche du temps perdu, Marcel Proust évoque sa notoriété: « Le directeur se pencha vers ma grand’mère, et par amabilité (comme on montre le Shah de Perse ou la reine Ranavalo à un spectateur obscur qui ne peut évidemment avoir aucune relation avec le puissant souverain mais qui peut trouver intéressant de l’avoir vu à quelques pas)… »(1). La reine Ranavalona III considérée à l’égal du chah de Perse, rien moins.

On a vu que Ranavalona III a aussi inspiré des pièces de théâtre ; on est surpris de retrouver son effigie au détour d’un roman (pour la jeunesse ?) paru l’année même de sa destitution. Dans Une histoire de Sauvage (2), Edmond Pascal, auteur sans doute à la recherche du succès rencontré par le personnage de Tartarin de Tarascon créé un quart de siècle plus tôt, met en scène le « Sauvage de Beaucaire », alias Marius Bardassous. Ce dernier fait le récit animé de ses aventures rocambolesques, depuis son départ accidentel et solitaire dans la nacelle d’un ballon jusqu’à son naufrage, pour cause d’excès de vitesse et explosion de la chaudière du “Triomphant”, au large des côtes du Mozambique, puis la rencontre d’anthropophages. Mais restons-en au naufrage dans l’Océan indien car c’est là qu’intervient « Ranavalo », du moins son effigie. Elle est en effet un des joyaux d’une collection de mannequins de cire représentant des personnages illustres du temps qu’un des passagers, le sieur Pompéius, compte présenter dans un musée dont il a le projet en Afrique du sud…Je laisse la parole au narrateur : « Après le formidable plongeon que je fis en tombant dans la mer […] je battais des mains, je coulais, lorsque je rencontrai à ma portée un objet qui surnageait ; je le saisis, il me maintint à la surface, et lorsque aveuglé par l’eau, je pus enfin ouvrir les yeux, je reconnus, ô stupéfaction ! que je m’étais cramponné au cou de la reine de Madagascar… »

Les autres naufragés doivent leur salut, qui au roi Béhanzin (il a conservé sa pipe), qui à la reine Victoria, qui à Sarah Bernhardt, entre autres. La plupart de ces personnages ont été réalisés en cire ou ont effectivement figuré dans les plus célèbres musées. Qu’en est-il de la reine Ranavalona III ? Un mannequin d’elle existe-t-il ailleurs que dans le roman d’Edmond pascal ? Une recherche, assez superficielle, ne m’a pas permis de trouver la réponse à cette question… Pour l’anecdote, rappelons ce que la reine avait le plus apprécié lors de son séjour parisien de 1901 : la visite du Musée Grévin…

Les naufragés du « Triomphant » se cramponnaient au cou des illustres personnages

Les naufragés du « Triomphant » se cramponnaient au cou des illustres personnages

1. A l’ombre des jeunes filles en fleur, 1919 p. 105.
2. Une histoire de sauvage, par Edmond Pascal. - Paris : A. Colin, - 1897. (Bibliothèque du Petit Français).

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