14 avril 2014

Des airs de Troisième (République) ou de cinquième (de collège)

Les électeurs qui ne font plus confiance aux politiciens ont amplement été confortés dans leur scepticisme à leur égard lors du discours de politique générale de Manuel Valls. En voyant le chahut entretenu par les députés sur les bancs de la Droite, ils ont eu la preuve de l’immaturité d’ une partie des « élus du peuple » par leur façon de donner à la Chambre des airs de Troisième République. Personnellement cette atmosphère m’a aussi rappelé les chahuts survenant en classe de cinquième lors des cours de musique. Ah ! Voilà le passéiste de service qui ressert ses souvenirs du lycée Charlemagne ! C’est vrai, mais je n’en avais pas parlé depuis longtemps et comment ne pas le faire lorsque je constate l’infantilisme de ces députés chahuteurs ?

Physionomie de l'Assemblée

Physionomie de l'Assemblée. Séance ordinaire

Paradoxalement, Ce n’est pas de cette classe de musique des années 50 dont il sera question ici. Un ancien condisciple l’a déjà fait sur son blog, avec beaucoup de justesse…et de repentir. Celle dont je veux rappeler le souvenir est une classe de chimie, à travers la personnalité du professeur qui la tenait d’une main de fer ; par ses aboiements brefs, il jugulait le moindre brouhaha, comme aurait dû le faire le président de l’Assemblée. J’aurais complètement oublié son nom sans les « Palmarès », publiés tous les ans par le lycée de 1822 jusqu’à une date indéterminée, palmarès où il figure. Dans les fascicules parus avant la dernière guerre, Monsieur Galand apparait en effet sur la liste des personnels de l’établissement; il y figure d’ailleurs  non au titre  de préparateur mais pas d’enseignant.  J’en déduis qu’il est monté en grade après guerre.

La formation à la pédagogie et à la psychologie des enseignants de cette époque déjà lointaine était rudimentaire; j’en ai fait l’expérience et je ne suis pas le seul. Si l’on en juge par les amabilités (raclure, huitre béante, fond de tiroir) servies par certains d’entre eux à des générations d’élèves, comme le rapporte dans sa « Lettre ouverte ” un autre ancien Carolingien « qui a tout appris à Charlemagne », on peut penser qu’elle était effectivement inexistante. Passer de la seule manipulation des éprouvettes à l’initiation à leur emploi devant un public – fût-il d’adolescents – a dû être une rude épreuve pour M. Galand mais, s’il ne tolérait pas le moindre chuchotement dans sa classe, il lui donnait de temps en temps l’occasion d’en faire naître. Il avait en effet une manière très personnelle et sans doute régionale, due à de probables origines provinciales, de prononcer le mot « boite ». Son « Vous mettez le produit dans la petite boëtte… » donnait à plus d’un élève l’envie irrésistible de rire et pas seulement sous cape.

Eh oui Monsieur Galand, si souvent mis en boite, vous êtes de ceux qui ne figurent pas sur les photos de classe puisque vous n’étiez pas le professeur principal et vous n’êtes, pas passé à la postérité. Néanmoins, certains de vos élèves perchés sur les gradins de la classe de chimie du Grand lycée, comme à l’Assemblée nationale, n’ont pas oublié votre silhouette trapue sous votre blouse blanche, votre air bourru, vos regards en coin et vos explosions chimiques…et de colère.

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