24 mars 2014

Les Élections donnent soif, de pouvoir aussi

Les élections politiques sont un thème très présent dans les dessins de presse ; cela ne date pas d’aujourd’hui. Dans ces images, on observe même une constante du sentiment de méfiance de l’opinion à l’égard des candidats aux suffrages de leurs concitoyens. Cette défiance est toujours d’actualité;  on le constate avec les élections d’hier, et nombre d’électeurs - notamment ceux qui ne votent pas - ne voient peut-être dans les candidats à la direction d’une municipalité, à la députation, au Sénat, voire à la magistrature suprême, que des ambitieux dont le premier souci est d’être élu. Pour le reste, promesses et engagements, il sera toujours temps de voir …

  Urne : Petite boite en forme de malle Urne : Petite boite en forme de malle dans laquelle chaque politique aspire à descendre

dans laquelle chaque politique aspire à descendre

J’aime comparer cette soif de pouvoir et de reconnaissance aux efforts déployés par les mâles (animaux en général et l’homme en particulier) faisant leur cour : on sourit de toutes ses dents, on serre les mains sur les marchés ou dans les aéroports (des Parisiens débarquant à  celui de  Marseille  y ont ainsi vu Gaudin en action!) ; on tient aussi des meetings et l’on fait du porte à porte,  lorsque l’on dispose derrière soi d’un parti qui a des moyens financiers conséquents, légaux ou pas. Condition sine qua non en politique, Il faut aussi être doué pour la prise de parole mais cela donne soif ; on sacrifie alors à la tournée des bistrots.

Cette soif à étancher propre aux périodes électorales est le sujet principal de ce billet. Il s’appuie sur trois dessins abordant ce thème et extraits de publications dont deux vieilles de plus d’un siècle. Cette situation, les humoristes semblent aimer la mettre en scène mais, le sujet n’étant pas inépuisable, on découvre que certains dessinateurs se sont laissé aller à copier un confrère. Ce genre de plagiat n’est pas nouveau, on l’a vu, et les amateurs se souviennent du litige ayant opposé Siné à Charlie hebdo pour un dessin de XXX, plagiat à ses yeux de celui de YYY. Pourtant, deux dessinateurs peuvent très bien avoir eu la même idée sur un sujet donné, sans qu’il y ait véritablement eu copie car il n’y a pas finalement mille manières de le traiter. Cela m’est arrivé avec un de mes propres dessins. Plantu et moi (lui aussi a été mis en cause pour la même raison par d’autres dessinateurs), nous avons a eu la même idée d’ écran/miroir qu’on traverse, mais mon dessin a été publié avant le sien. je n’ai pas crié au plagiat pour autant. J’étais même plutôt flatté que deux grands esprits se rencontrent sur la même longueur d’onde!

Les élections devraient se faire en plein été, on aurait plus soif! Dessin de George-Edward

Les élections devraient se faire en plein été, on aurait plus soif! Dessin de George-Edward

Deux dessinateurs du début du 20e siècle sont un peu dans ce cas de figure mais, s’ils ont eu la même idée de dessin, à une douzaine d’années d’intervalle, il n’est pas douteux que le second s’est souvenu du premier. En effet, George-Edward (1) et A. Clément (2) ont collaboré simultanément à « L’À-propos » (3). Quand George-Edward, natif de Sète comme son nom ne l’indique pas, publie dans le numéro 6 ses deux assoiffés devisant dans la rue, A. Clément réalise le dessin de couverture  de ce même numéro.
Puis, douze ans plus tard, A. Clément reprend à son tour le sujet de la « soif électorale ». Il la place dans un autre contexte : un député et un électeur discutent, assis à une table de café et l’électeur tient pratiquement le même discours que celui d’un des personnages du dessin de George-Edward…

Les élections donnent encore plus soif l'été

C’est dommage not’ député, que les élections s’fassent pas en été, on aurait plus soif !...

C’est ce qui a fait dire à Siné : « Quand deux dessins similaires paraissent la même semaine, cela s’appelle une “rencontre”. Quand ils paraissent à une semaine d’intervalle, il s’agit d’un “plagiat”. Et ça, c’est pas joli-joli. » L’histoire ne dit pas si George-Edward a eu connaissance de ce dessin paru douze ans après le sien et s’il s’est plaint auprès de son plagiaire. Peut-être ont-ils pris le verre de l’amitié,  après une « mise au poings » ?

Épilogue (janvier 2020!). Depuis la publication de ce billet, j’ai découvert entretemps - et toujours fortuitement - qu’Arvot Brisène (4) y était lui- aussi allé de son dessin. Cet humoriste n’est sans doute pas le dernier; lui, il a choisi de mettre en scène le milieu agricole. Les nouvelles élections municipales approchant, le hasard me donnera-t-il de nouveau la chance de trouver un quatrième dessin sur ce thème - inextinguible oserai-je dire - des élections et de la soif qu’elles suscitent? L’avenir le dira mais nous avons déjà là un beau tiercé.

PÉRIODE ÉLECTORALE - Ca ne va plus, je sens qu'il va y avoir de nouvelles élections

- Ça ne va plus, je sens qu'il va y avoir de nouvelles élections - A quoi sentez-vous ça not' maitre? - A ma soif

1. George-Edward (1866-1952). A débuté en 1887 dans « la Vie à Nice » et, outre « L’À-propos », a collaboré à de nombreux journaux : « l’Éclipse », « la Gaudriole », « l’Univers Illustré », « le Journal amusant », entre autres.
2. Clément (A). A ma connaissance, peu d’informations sont disponibles sur ce dessinateur qui a collaboré à « L’À-propos », à « L’Assiette au beurre », au « Pêle-Mêle » et, vraisemblablement, à divers almanachs populaires dont celui, pas identifié, d’où est extrait le dessin présenté ici.
3. Journal humoristique paraissant le samedi, à Paris. Gérant B Loth.  Le n. 6, du samedi 3 mai 1902, semble être le dernier paru.
4. Signait ses dessins sous son nom, Arsène Brivot (1898-1938) ou sous son anagramme. Il était Peintre, dessinateur, humoriste.

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