23 décembre 2013

Arbre de Noël de l’Élysée: les petits Parisiens invités… en 1889

Noël pour les enfants a été fêté à l’Élysée le 18 décembre. La presse évoque la composition du jeune public convié à cette manifestation annuelle qui réunissait six-cents enfants. Outre les enfants du personnel de l’Élysée et ceux choisis sur des critères que l’on ne connait pas trop mais qu’on imagine relationnels, parentaux et amicaux, un tiers de cette assemblée était constitué d’enfants en grande difficulté, malades, handicapés, orphelins, enfants de détenus. C’est la moindre des choses et François Hollande n’a pas manqué de rappeler que « C’est un moment de fête, un moment aussi que nous voulons autour de la solidarité ». En cela, cette fête est restée en partie dans l’esprit du premier arbre de Noël organisé au palais en 1889, comme on va le voir plus loin. Quelques grincheux, il y en a toujours, trouvent cette manifestation superflue et le disent sans aménité sur les forums des journaux. Mais quoi ! Quel président oserait supprimer cette tradition républicaine vieille de bientôt 125 ans et qui, même si elle ne s’adresse plus que partiellement aux catégories d’enfants définies à l’origine, apporte sans doute un peu de rêve à leurs pendants d’aujourd’hui dont la vie relève peut-être, comme au 19e siècle, du cauchemar quotidien.

Il n’est pas inutile de rappeler que cette idée d’arbre de Noël à l’Élysée est due à l’épouse (1) du président Sadi Carnot (2). La presse de l’époque nous apprend qu’il concernait uniquement les petits Parisiens pauvres.

Madame Sadi Carnot en 1889

Madame Sadi Carnot en 1889

« Une touchante invention de Mme Carnot :
La Présidente donnera le 25 décembre pour les enfants pauvres de Paris une grande fête dans les salons de l’Élysée, avec arbre de Noël, goûter, distribution de jouets, de vêtements, etc., etc.
» Le choix de ces enfants avait été déterminé ainsi: « Le général Brugère (3) a envoyé à ce propos la lettre suivante aux maires des vingt arrondissements de Paris :

Monsieur le Maire.

Mme Carnot voudrait, à l’occasion de la fête de Noël, réunir au palais de l’Élysée, quelques-uns des enfants les plus pauvres de votre arrondissement pour les faire participer à une distribution de vêtements et de jouets.
Elle vous prie donc de bien vouloir lui désigner 20 enfants (10 garçons et 10 filles), âgés de 8 à 10 ans, appartenant à 20 des familles les plus pauvres et les plus méritantes de votre arrondissement et fréquentant les écoles. Mme Carnot aurait besoin de recevoir avant le 15 décembre la liste des noms, prénoms et adresse de ces 20 enfants, avec mention de leur âge.
Elle espère qu’avec le concours des maîtres et maîtresses d’école et les indications du bureau de bienfaisance, cette liste ne sera pas difficile à préparer ».

Le journal concluait : « Il y aura cinq cents enfants d’invités. Et voilà comme il ne faut qu’un bon cœur et un esprit tendu vers le bien pour changer en deux ans la réputation d’un palais, et faire aimer ses hôtes ». On le voit, mis à part les 100 enfants supplémentaires, qui étaient peut-être déjà ceux des personnels de l’Élysée, les critères de sélection laissaient peu de place au copinage mais ils n’en étaient pas moins stricts ; il fallait être méritant et scolarisé ; les  pauvres des taudis, ceux décrits par Zola par exemple, étaient exclus. On peut s’étonner aussi que la classe d’âge retenue fût si étroite mais était-on encore un enfant après 10 ans, à une époque où les usines pouvaient encore trouver parmi eux une main d’œuvre bon marché?

Les infortunés

Les infortunés (d'après un tableau de Geoffroy)

1. Née Marie Pauline Cécile Dupont-White (1841-1898).
2. Sadi Carnot (1837-1894) Président de la République française depuis 1887, assassiné peu de temps avant la fin de son mandat par l’anarchiste italien Caserio.
3. Joseph Brugère (1841-1918), était alors chef de la Maison militaire du président Carnot.

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