12 août 2009

On est où?

Lorsqu’on se promène en ville ou lors de déplacements dans les transports publics, on entend souvent le « T’es où ? » par lequel commencent les conversations téléphoniques échangées sur les portables par des gens qui se connaissent bien. Ce phénomène est récent. Lorsque n’existaient que les téléphones filaires, sauf cas particulier, l’appareil du correspondant était forcément, à l’adresse figurant dans l’annuaire. Sur ces téléphones fixes, on est donc là, peut-être dans son bain, en train de déjeuner ou à des occupations nécessitant un peu de tranquillité mais on est là. Avec les portables, c’est l’incertitude totale ; l’appelant a absolument besoin de savoir où l’appelé se trouve ; à croire que cela perturbe le premier d’ignorer à quel endroit précis se trouve le second au bout du fil virtuel…

Les voyages pendant les vacances perturbent aussi les gens ; certains ne savent même plus où ils sont ; une question posée par une dame et entendue sur le marché hebdomadaire évoqué dans une précédente note a de quoi surprendre : « On est dans quel département ? » alors que le marché en question est celui d’un village dont le nom indique qu’il se trouve précisément dans le département du Gard ! De deux choses l’une : ou cette dame dormait lorsqu’elle elle est arrivée à destination, dans ce cas, elle aurait pu poser la question en sortant de la voiture, ou la personne interrogeait son mari pour meubler la conversation ou pour se faire remarquer. Dans ce cas, elle a réussi. !

Les conversations, les échanges de propos agressifs, les questionnements (« Où qu’elle est encore passée » d’un quidam en marcel), les cris et les pleurs entendus sur les marchés estivaux sont caractéristiques des foules. On ne les entend pas en dehors des périodes de vacances (d’été) car les habitants du village ne se perdent pas lorsqu’ils vont au marché, ils se connaissent mutuellement et à, la différence des touristes, n’emmènent pas avec eux des marmots qui, comme ceux que j’observe à chaque fois, n’en peuvent plus des déambulations interminables et en famille en plein soleil et sans boisson: Le rituel de la visite des marchés villageois doit correspondre à une besoin de retrouver la foule des grandes villes qu’on prétend fuir mais dans laquelle on est heureux de pouvoir se baigner une fois par semaine en faisant ses achats, de nourriture, en particulier.

grande conversation - Photo © Claude Razanajao

grande conversation - Photo © Claude Razanajao

Sur ce point, il est étonnant de voir le succès rencontré par les marchands d’olives, de tapenade et autres tomates confites. Ces fruits et légumes qu’en temps ordinaire on achète dans des bocaux sont de forts symboles du soleil et des vacances. On les préfère exposés en plein air sur les étalages sans protection particulière ; en ces temps de grippe qui menace, il faut espérer que la saumure dans laquelle ils baignent neutralise les postillons déversés à longueur de matinées lors des échanges verbaux entre le marchand et les chalands…

Les nourritures terrestres sont sans doute le premier poste budgétaire des vacanciers. Il semblerait que les nourritures de l’esprit passent au second plan, sinon au dernier. Sauf si l’on considère que les animations avec gentil animateur organisées par les propriétaires de terrains de camping entrent dans le registre de l’animation culturelle. On m’a expliqué que ces activités étaient une des raisons de la désaffection des touristes pour les manifestations se déroulant à l’extérieur des campings ; sans compter les difficultés rencontrées le soir par les campeurs pour réintégrer leur ghetto avec leur voiture après le spectacle. Cette explication ne vaut cependant pas pour les musées par définition ouverts pendant la journée. Certains voient malheureusement leur fréquentation diminuer d’année en année. C’est le cas de l’intéressant musée de la musique d’Anduze dont le nombre de visiteurs quotidiens n’atteint pas la dizaine aujourd’hui alors qu’il était correct lorsque l’établissement a ouvert ses portes il y a une quinzaine d’années. Des centaines de voitures passent pourtant à proximité chaque jour…Une enquête sociologique permettrait sans doute de savoir si la baisse de fréquentation est due au manque d’argent, au manque de curiosité ou au désintérêt total pour le sujet…Ah, si seulement « on en avait parlé à la télé » !

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