5 août 2009

Les patrons sont à la fête...

On s’attend peut-être à ce que j’évoque les séquestrations de dirigeants d’entreprises par leurs employés menacés de licenciement ; ce n’est pas le cas. Bien que ce sujet d’actualité soit intéressant, je serais plutôt enclin à évoquer l’état de désarroi de toutes ces personnes qui du jour au lendemain se retrouvent sans ressources, comme si le pays était en état de guerre. Il est anormal que le travail, considéré par les moralistes comme un devoir, ne soit pas aussi un droit absolu, quelle que soit la situation économique du pays.

Cela dit, les patrons dont je veux parler sont en fait les saints patrons des villages du sud de la France censés être à l’origine des « fêtes votives » organisées en leur honneur, alors qu’on a oublié depuis longtemps le sens originel de l’expression. Selon certaines sources, que je n’ai pas encore vérifiées, l’appellation ne serait pas très ancienne et remonterait seulement au troisième quart du 19e siècle. Dans les Cévennes, où de nombreuses communes portent le nom d’un saint, elles sont d’autant moins placées sous leur signe que la région est passée au protestantisme peu de temps après l’avènement de la nouvelle religion et comme celle-ci ne reconnaît pas les saints, ces fêtes y ont complètement perdu ce sens originel, voire ne l’ont jamais eu.

Ainsi l’été venu, nombre de villages des Cévennes organisent leur « fête votive ». Elle donne lieu à diverses réjouissances : concours de boules, bals et, dans les communes plus importantes, elles sont de véritables fêtes foraines avec manèges. Ces festivités se déroulent dans un contexte sonore assez bruyant, voire intolérable lorsqu’on est à quelques pas du souffle des baffles de l’orchestre du bal, ce dernier étant bien « obligé » de mettre la « sono à fond » s’il veut couvrir celle des attractions foraines…

Les joies de l'auto tamponneuse

Cette notion de bruit insupportable est relative car elle était déjà ressentie à l’orée du 20e siècle, lorsque la musique ne connaissait pas encore les amplificateurs sonores mais il semble que ce bruit était alors mieux supporté qu’il ne l’est aujourd’hui. En témoigne un court récit (nouvelle ?) retrouvé dans une feuille locale. Ce texte décrit le contexte sonore d’une « fête votive » de l’époque, à Saint-Jean du Gard, sur la place Carnot où celle de l’année  vient justement  de se dérouler : « C’était le dimanche au soir ; la fête battait son plein ; les orchestres faisaient rage ; un vacarme ininterrompu frappait le cerveau sans étourdir toutefois car ces mille et mille bruits, résultante de la joie générale, emplissaient chacun d’une joie toute particulière. C’est le caractère des fêtes populaires, bruyantes toujours, de charmer sans fatiguer. En effet, les sons suraigus qui seraient pénibles à percevoir en temps ordinaire viennent alors s’émousser et se fondre… » Ce texte signé F.J. Darnery, un auteur (en herbe ?) qui n’écrivit peut-être que dans sa jeunesse et dans ce journal *, introduit ensuite un débat contradictoire et animé au sein d’un groupe de garçons qui regardent le « chatoyant spectacle ». ; le sujet de ce débat passionné, la dénomination de la place en fête près du Gardon : Place Carnot (son nom actuel, après l’assassinat du président qui le portait) ou « Place d’armes » (du fait de la présence de soldats autrichiens qui occupaient St-Jean du Gard après la défaite de Waterloo (1815) et qui faisaient des manœuvres sur cette place). Le partisan acharné de la seconde dénomination, d’ailleurs toujours employée par les habitants du village sinon dans les textes officiels, voit à travers cette appellation les combats menés dans les Cévennes par les Camisards et il énumère de manière très lyrique les noms des plus célèbres… Mais ceci est une autre histoire.

Le St-jean-journal

Le St-jean-journal

* Le St-Jean journal, petite revue bi-mensuelle donnant des nouvelles intéressant la ville de St-Jean-du-Gard et ses environs, octobre 1902. Première année et 9e numéro (daté du dimanche 19 octobre) de cette très modeste feuille périodique (4 pages) manuscrite et ronéotypée dont le « gérant-rédacteur [en chef] » était Marcel Prouzet et le secrétaire était Gérard Charpentier. Malgré les fautes d’orthographe dont il est ponctué, ce document qui s’apparente à un journal lycéen, témoigne de la volonté de communiquer des personnes « allées aux écoles » dans un village relativement éloigné d’une « grande » ville (on se rendait encore en diligence à Alès, sous-préfecture située à 26 kilomètres et le village ne sera desservi par le train qu’en 1909).

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