8 juillet 2009

Merci à l’écologie!

Lorsqu’on est une personnalité quelque peu médiatique, il est de bon ton d’afficher des opinions contraires au discours ambiant. Bien avant le bon score obtenu par les candidats se réclamant de l’écologie aux dernières élections européennes, diverses personnes ont exprimé ici et là l’ennui que leur inspirait le discours écologique. Je pense notamment à Jean Michel Ribes manifestant son ras le bol (d’air pollué ?) dans l’émission de Frédéric Taddéi (Ce soir ou jamais) du 17 novembre dernier). Comme cette émission était consacrée aux musées, J.M. Ribes n’a pas eu le loisir d’expliciter les motivations d’une telle prise de position mais son ton condescendant à l’égard de l’écologie en général montrait suffisamment qu’il n’en avait rien à faire que la glace fonde sur les pôles ou que des espèces animales en voie de disparition disparaissent effectivement.

C’est exactement ce que pense et affirme Antoine Sénanque et il n’y va pas par quatre chemins. Son « Merde à l’écologie !», titre de d’une lettre-pamphlet parue dans le Monde des 5-6 juillet, donne le ton. Les griefs du pamphlétaire visent l’intolérance et la dictature des écologistes qu’il compare à celles des religieux du passé qui, depuis Saint-Augustin ont cultivé la notion de culpabilité de l’homme. Il en veut aussi à ces écologistes qui n’ont pas l’air d’en être (pas de barbe et de cheveux longs ?) et qui lui gâchent la vie par leurs recommandations et interdits permanents.

Il n’a pas tout à fait tort sur ce point car j’ai pu observer ce comportement radical de jeunes gens dans une famille que je connais ; ils correspondent parfaitement au modèle décrié et mènent la vie dure à leurs parents, en matière de tri sélectif par exemple. Mais la démarche écologique ne se limite pas à ces gestes quotidiens (pourtant nécessaires dans un monde qui compte six milliards d’individus dont une majorité produit annuellement des millions de tonnes de déchets) ; elle concerne tous les secteurs de l’activité humaine (industrie, urbanisme, tourisme, etc.) Un exemple simple mais édifiant : que seraient nos sociétés (occidentales) si des urbanistes et des hygiénistes n’avaient pas doté les grandes métropoles d’égouts au 19e siècle ? La critique des mouvements écologiques me rappelle ces gens qui dénigrent l’action des syndicats et qui ne sont pas même conscients du fait qu’ils bénéficient des effets de leurs luttes passées.

Mais A. Sénanque est écrivain et médecin ; il vit, certainement très confortablement, et ne se sent pas concerné par ces problèmes encore peu visibles dans les pays occidentaux. C’est un optimiste bien dans sa peau et il ne croit pas que le monde court à sa perte. Il reproche aussi aux écologistes leur manque d’humour et il en profite, dans un texte bien ciselé, pour montrer que lui en déborde ; pourquoi modifierait-il son comportement? Si le neurologue-écrivain n’affirme pas, à l’instar d’un Claude Allègre – non spécialiste de la question - que le réchauffement climatique n’est pas d’origine anthropique, il ne le redoute pas et s’en accommode même très bien ; il donne à travers sa personne la démonstration de l’adaptabilité des espèces à leur environnement. Il oublie simplement qu’il n’est qu’un individu et que son cas particulier n’a aucune valeur statistique. Par contre, lorsque un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau courante, ces statistiques parlent en faveur d’un questionnement sur le devenir de l’humanité.

Mais pourquoi ne voir que l’aspect caricatural de l’écologie ? Est-ce que les G8 auraient lieu aujourd’hui si depuis les cris d’alarme lancés par René Dumont en 1966 relayés par les scientifiques spécialistes du climat – et les mouvements écologiques n’avaient induit la prise de conscience qu’un nouveau comportement vis à vis de la nature était vital? En fait, les réactions face à ce problème correspondent vraisemblablement aux deux grandes catégories d’humains : les optimistes et les pessimistes. Les premiers ne croient pas aux catastrophes annoncées par les seconds. Puissent ces derniers leur donner raison, grâce à leur action soutenue et universalisée. Quant aux sceptiques, ils auront beau jeu de dire : vous voyez, vous aviez tort de vous affoler…

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