6 mars 2013

« Conduire la France »

A l’heure où les critiques contre François Hollande fusent de toutes les couches de la société et où Nicolas Sarkozy envisage « un retour pour la France », je propose le compte rendu (1) d’un texte dans lequel sont exposées quelques idées sur la manière de conduire la France. Ces idées sont celles de Louis Madelin (1871-1956), historien spécialiste de la Révolution française et du Premier-Empire ; il fut aussi député et académicien. Publié le 1er juin 1941 dans la Revue des deux-Mondes, ce texte surfe sur les fameuses paroles du Maréchal Pétain : « Le chef c’est celui qui sait à la fois se faire obéir et se faire aimer. Ce n’est pas celui qui impose mais celui qui s’impose ». Le signataire du compte rendu, on ne connait que ses initiales « A.R. », annonce que L. Madelin « s’attache à démontrer que notre peuple, malgré sa réputation d’indiscipline, n’a jamais aspiré qu’à une chose : trouver un chef ».

Puisant ses exemples dans l’histoire de France, l’auteur revoit et complète aussi le fameux slogan « Nos ancêtres les Gaulois » cher aux tenants de l’ « identité nationale » car « dans notre nation nous pouvons distinguer l’influence de trois éléments :
D’abord, fondamentalement, l’élément celte indiscipliné par essence, inconstant mais enthousiaste et capable de se donner corps et âme à un chef ; on l’a vu dans la guerre pour l’indépendance gauloise.
Ensuite, l’élément romain qui a introduit chez nous le respect et la notion d’autorité.
Enfin le Franc, jaloux de ses prérogatives mais se dévouant à l’homme qui a conduit son amitié.
Sachant que son indiscipline naturelle est une cause de faiblesse, notre peuple cherche d’instinct l’élément capable d’assurer l’ordre dans la justice. Il trouvera cet élément soit dans un système de lois fortement coordonnées (tradition romaine) soit dans l’action d’un chef digne de ce nom (tradition franque).
Celui-ci a pour rôle essentiel d’être un arbitre, de gouverner en alliant le souci de la justice à la force capable de faire triompher cette justice.
S’il remplit bien ce rôle il recueillera l’amour, né de la gratitude du peuple.
Si par contre il délaisse une ou l’autre de ces qualités essentielles : justice et force, le peuple lui deviendra indifférent ou hostile : impuissance d’action des derniers Mérovingiens ou Carolingiens – Perte de prestige au moment de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons ou au moment des guerres de religions ».

En conclusion de son compte rendu, le critique écrit que « Louis Madelin prouve au contraire combien Louis Le Gros, Saint-Louis, Henri IV ont fortifié l’idée royale en se montrant arbitres impartiaux, capables d’imposer aux seigneurs féodaux ou aux partis leur justice supérieure. Napoléon agissant de même après le Directoire acquit très vite une popularité considérable « ayant tenté de satisfaire les intérêts de tous selon la justice, il s’était imposé ; s’étant fait obéir, il s’est fait aimer ».

Qu’en pensent les chantres des gouvernements forts et autoritaires ? A quel stade de son mandat en est maintenant François Hollande : carolingien ou mérovingien? Selon la clé d’analyse de Louis Madelin, la cote d’amour fluctuante du président indiquerait qu’il n’a pas encore atteint le statut du chef faisant l’unanimité. Reconnaissons que la conjoncture ne lui rend pas la tâche facile.

Conduire la France

KART DE FRANCE - Ça patine un peu ; ce n’est pas le moment de lâcher le volant !

1. Le Chef compagnon : revue bimensuelle, numéro 3, juillet-août 1941. Série A : Métier de chef.

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