14 février 2013

Séances houleuses à la chambre

Plus encore que le Sénat entrevu la semaine dernière, l’Assemblée Nationale et les députés sont fréquemment dans la ligne de mire des caricaturistes. Cela se comprend, dans la mesure où les activités de ces autres représentants du peuple sont plus visibles et médiatisées que celles de leurs confrères du Sénat. En témoignent les manifestations d’hostilité qui ont marqué les récents débats sur le mariage des homosexuels et l’adoption homoparentale. On peut s’étonner que la France, qui inspira le monde en matière de révolution, n’ait pas montré l’exemple cette fois mais se soit laissée devancer par l’Espagne et l’Argentine, pays pourtant réputés par leur conservatisme en matière religieuse. Sans doute parce qu’elle est encore inconsciemment « la fille ainée de l’Église » et que les lobbies intégristes relayés par les va-t-en-guerre comme Frigide Barjot ont donné de la voix dans la rue.

Séance houleuse à la chambre

SÉANCE HOULEUSE A LA CHAMBRE. Extrait du Journal officiel : « Hou ! Hou ! ouah ! ouah ! cocorico ! couin ! couin ! hi han ! hi han! Etc., etc.” Dessin d'Albert Guillaume (1903)

A la Chambre, qui en a entendu d’autres, les murs ont résonné une fois de plus des cris habituels des députés de l’opposition ; toutefois, l’hémicycle n’a pas été le théâtre d’esclandres caractérisés comme il en a connu dans le passé. L’histoire se répète dit-on et si les opposants au mariage homosexuel se recrutent en majorité parmi les représentants de la droite - comme toujours dès qu’il s’agit de questions sensibles de société - ils n’ont plus la violence de ceux qui, au début du 20e siècle, s’opposaient à l’anticléricalisme qui régnait alors, celui du petit père Combes notamment. Ainsi, en 1905, le député légitimiste Armand Léon de Baudry d’Asson (1836-1915) interrompt un discours du précédent, alors président du Conseil, en tentant de le coiffer (ou de l’assommer ?) avec une casserole. La presse s’est largement fait l’écho de cet incident qui figura à la une des gazettes.

Le député Baudry d'Asson agressant Émile Combes

«Chambre des députés. L'épilogue de la séance du 14 janvier»

Le député vendéen n’en est pas à sa première provocation. Le 10 novembre 1880, lors de le séance de rentrée de la Chambre des députés, il est frappé d’une expulsion temporaire de 15 jours pour avoir qualifié le gouvernement de Gambetta de « Gouvernement de voleurs ». L’affaire fait grand bruit à l’époque car, le député revient discrètement reprendre sa place le lendemain. Devant son refus catégorique de vider les lieux, le président du Conseil fait appel à l’armée. C’est porté par un détachement de troupe et sous les cris de l’opposition qu’Armand de Baudry d’Asson est contraint de sortir, pour être conduit dans une dépendance des bureaux de l’Assemblée, chambre meublée où il est enfermé jusqu’au lendemain matin. Contrairement au précédent, cet esclandre a été peu représenté, semble-t-il, dans les journaux. Je ne l’avais pas vu sur le Web jusqu’à présent.

M. Baudry d'Asson expulsé manu militari de l'Assemblée nationale

M. Baudry d'Asson emporté par la troupe lors de la séance de la Chambre des députés

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