24 janvier 2013

Am c'tram, gram ou de fil en aiguillage

Un récent séjour à Oxford m’a donné l’idée de parler des transports en commun urbains. Je passerai sur le problème du choix difficile auquel sont confrontés les édiles municipaux français désireux d’adopter pour leur ville un moyen de transport respectueux de l’environnement. J’évoquerai surtout les solutions que j’ai observées ici ou là et qui montrent que le tramway, bien que pratique et d’une grande capacité, n’est pas la panacée universelle. S’il a eu la faveur de nombreuses villes ces dernières années, souvent après le démantèlement d’ anciens réseaux faut-il le rappeler, on constate que l’engouement pour ce moyen de transport est en train de faiblir, vu le coût important des infrastructures.

Premier tramway électrique (exposition 1881)

Premier tramway électrique (exposition internationale d'électricité, Paris, 1881)

Les Anglais, gens pratiques, semblent aimer les autocars et les autobus. Il faut dire que les liaisons inter villes sont commodes et fréquentes chez eux. Elles n’ont pas leur équivalent en France, même si une compagnie propose la vente de billets sur le Web ; cette pratique est courante outre-manche. A Oxford, où il est difficile et cher de garer sa voiture, les bus semblent assez nombreux pour pallier cet inconvénient; ce qui n’empêche pourtant pas les embouteillages, tant la voiture individuelle, ici comme ailleurs, reste encore un moyen de déplacement irremplaçable pour les gens qui habitent au fin fond de banlieues mal desservies.

Un abribus à Oxford

Un abribus à Oxford

Les Anglais attendant l’autobus ont l’avantage de bénéficier d’abribus les protégeant efficacement de la pluie et surtout des projections d’eau provoquées par les véhicules qui longent les trottoirs sans ralentir quand ils passent dans les flaques. En effet, à l’inverse des abris français, les vitres sont disposées au bord du trottoir. J’avais remarqué cette disposition ingénieuse à Londres il y a une vingtaine d’années ; je m’aperçois que la capitale n’est pas la seule à l’avoir adoptée. Il pleut ailleurs qu’au Royaume-Uni ; les fabricants français devraient réfléchir à la question et s’inspirer du modèle britannique. L’idée est lancée mais je doute qu’elle soit reprise de mon vivant…

Autobus électrique hybride à Oxford. Photo © Claude Razanajao

Autobus électrique hybride à Oxford. Photo © Claude Razanajao

Avec des tramways bondés le jour (bourre et bourre et rate le tram!) et vides le soir, on peut se demander s’il est indispensable d’engager tant de frais d’infrastructures alors que les technologies évoluent. Ainsi à Oxford, existent des autobus électriques hybrides, qui plus est à impériale. Ils roulent en partie en site propre et permettent donc de gagner ce temps si précieux dans le centre des grandes villes. Ils peuvent être injectés sur le réseau en fonction des heures de pointe, comme sur tous les réseaux de bus du monde gérés rationnellement.

L’hybridation n’est pas inconnue en France. Elle est pratiquée, depuis longtemps sur les trolleybus lyonnais. Bien qu’ils soient, comme les tramways, dépendants des fils d’alimentation électrique, ces véhicules sont moins captifs et peuvent se libérer de cette contrainte ; en repliant leur pantographe et en mettant en route leur moteur diésel. On peut imaginer, si ce n’est déjà fait, des trolleybus hybrides à double alimentation électrique (fil/batteries) qui rechargeraient ces dernières en roulant. Ces trolleybus pourraient ainsi desservir des quartiers anciens ou nouveaux décentrés non équipés de fils ; cette souplesse que n’a pas le tramway permet aussi la modification aisée des parcours en fonction du développement des villes et l’installation d’entreprises nouvelles. Là où des lignes ont été supprimées quand est arrivé le tramway, combien d’usagers des autobus y ont perdu au change : éloignement de la voie ferrée par rapport à leur domicile, changements obligés, retards, pannes…

Autobus articulé à Nîmes. Photo © Claude Razanajao (2013)

Autobus de grande capacité à Nîmes. Photo © Claude Razanajao (2013)

J’ai observé dernièrement à Nîmes les longs et spacieux autobus articulés dont les passages de roues sont dissimulés, ce qui donne des airs de tramways à ces véhicules dits à haut niveau de services, et qui sont non moins luxueux qu’eux. Voilà une solution intéressante que d’autres villes ont également choisi d’adopter. J’aimerais aussi parler des projets de téléphériques et autres funiculaires utilisés non pour les transports touristiques mais pour les transports quotidiens. Ces solutions innovantes peuvent régler les problèmes de déplacements dans des contextes particuliers : franchissement de fleuves, zones difficiles d’accès, notamment.

L’histoire des transports publics est pleine de ces retours en arrière : on s’inspire d’idées anciennes et on leur apporte les améliorations permises par les technologies modernes. En ce sens, il faut rappeler que le premier tramway électrique a roulé en France en 1881, pour l’Exposition internationale d’électricité, à Paris. Les trams avaient disparu presque partout. 132 ans après, ils sont revenus en force. Pour longtemps espérons-le quand même.

Véhicule  à haut niveau de services à Nîmes.  Photo © Claude Razanajao (2013)

Véhicule à haut niveau de services à Nîmes. Photo © Claude Razanajao (2013)

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