26 décembre 2012

1912, 2012, 2112 ; et après ?

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L’année 2012 s’achève et pas le monde ; au grand dam des faux prophètes de malheur mais vrais profiteurs du « bonheur » d’être sous les feux de l’actualité, à défaut d’avoir  été carbonisés par les feux du ciel. Adeptes de la « bilocation » et autres communicants avec les extra-terrestres nous rappellent que « demain comme hier, l’homme sera homme, c’est-à-dire le plus sot des animaux, uniquement préoccupé de se rendre la vie malheureuse, gâtant la nature à plaisir, et décorant du nom de progrès les bouleversements dus à sa conception ». Cette déclaration, toujours d’actualité, est d’Henry Maret (1837-1917) qui, à la fin du 19e siècle,  commentait l’arrivée prochaine du 20e.  Elle sera suivie  d’autres, dans le même esprit - puisées dans divers almanachs - changement d’année et  traditions populaires  obligent. Aux propos désabusés du journaliste, qui  se voulait  « ni pessimiste ni optimiste mais sceptique »,  succèderont donc ceux d’un poète, d’un naturaliste et d’un homme d’État et enfin  ceux d’un humoriste.

Grand messager boiteux de Strasbourg 1914

Grand messager boiteux de Strasbourg 1914

Oui, j’ai décidé de donner la parole à des personnalités qui, au-delà des travers de leurs contemporains, connaissaient bien la nature profonde de l’homme, sa lente évolution psychologique depuis des millénaires et sa propension constante à détruire ce qu’il a mis si longtemps à élaborer. Comme Maurice Fombeure (1906-1981) nous le rappelle,  s’il n’y prend pas garde, l’homme  mènera  le monde à sa fin bien avant l’heure de sa mort géologique : « La terre tourne sans bruit avec l’espoir de donner de la tête contre une autre planète et de se reposer enfin. Les civilisations s’effritent ou bien leur perfection même engendre les serpents qui les dévorent. Les Bastilles renaissent de leurs cendres pour être brûlées à nouveau » (2).

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Almanach Hachette. Édition complète 1912.

Les deux citations qui vont  suivre figurent  dans la  rubrique « notre avenir » proposée à la réflexion des lecteurs de l’almanach Hachette  pour  l’année 1912. Cette rubrique se trouve au début de chaque millésime d’une  publication aujourd’hui disparue et qui a connu une belle longévité (3) ; avec un réel souci de qualité de la part des rédacteurs,  cet almanach populaire, qui de ce fait  se démarquait de concurrents plus ou moins médiocres, était  devenu une espèce de « bible laïque » pour des millions de Français jusqu’à la fin des années 50 ; il  dispensait des informations de tous ordres, y compris  à portée morale et philosophique, témoin cette pensée de Jean-Henri Fabre (1823-1915) : « L’homme de haute moralité est, pour le moment, exception assez rare. Sous l’épiderme du civilisé, presque toujours se trouve l’ancêtre, le sauvage contemporain de l’ours des cavernes. La véritable humanité n’est pas encore ; elle se fait petit à petit, travaillée par le ferment des siècles et les leçons de la conscience ; elle progresse vers le mieux avec une désespérante lenteur » (4).

Si l’homme évolue lentement, il est toujours pressé de changer les règles du jeu, et le constat d’un Aristide_Briand (1862-1932) reste lui aussi éminemment d’actualité: « C’est un travers de notre démocratie de courir aveuglément aux réformes et d’établir une sorte de surenchère. On demande une réforme, on se livre à une propagande acharnée pour l’obtenir, et puis, vient l’heure où le Parlement s’en saisit, l’étudie, la vote, elle n’est pas plutôt votée qu’on s’en détourne, qu’on court à une autre.
On ne tire même pas profit de ce qu’on réclamait avant-hier et qui a été accordé hier. Que de lois votées à la demande de la démocratie qui contenaient en germe des éléments puissants d’émancipation et qu’une fois obtenues elle a négligées, dont elle s’est désintéressée: Du nouveau! Sans cesse du nouveau! C’est une sorte de course au progrès qui ne permet pas à ceux qui s’y laissent entraîner d’apercevoir les progrès réalisés, déjà » (5).

Je laisserai le mot de la fin à Coluche (1944-1986) qui aurait déclaré : « Les portes de l’avenir sont ouvertes à ceux qui savent les pousser ». Encore faut-il qu’elles ne soient pas fermées à clé ou complétement murées. Cette situation, malheureusement si fréquente  de nos jours, est une fin du monde  en soi pour ceux qui y sont confrontés.

porte de l'avenir

porte de l'avenir


1. Almanach Hachette, 1895.
2. Silences sous le toit. (1926). In : Almanach des champs, 1er novembre 1929- 1er mars 1930. Paris : Horizons de France, 1929.
3. Almanach Hachette. – Paris : Hachette, 1894-1958.
4. Jean-Henri Fabre. Souvenirs entomologiques, Livre X. XIV. Le carabe doré. L’alimentation.- 1907.
5. Discours, entretiens et autres sources.

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