19 décembre 2012

Bibliothèques en Russie soviétique et dans l’Ukraine d’aujourd’hui

Il est question ici des bibliothèques en Russie soviétique, dans l’Ukraine d’aujourd’hui et aussi de netiquette. Point de départ : un article publié en 1929 par Lydia Bach, dans « La Lumière » (1). C’est le cinquième d’une série que cette spécialiste de l’URSS consacre à la « Vie quotidienne en Russie soviétique ; il traite des bibliothèques, des auteurs russes et des traductions. J’ai évoqué dernièrement cet « hebdomadaire des gauches » dont j’ai pu sauver quelques exemplaires de la destruction (notamment le premier numéro paru en 1927) quand j’exerçais le métier de bibliothécaire. Il s’agissait de numéros doubles utilisés comme macules (2) dans l’atelier de restauration de la bibliothèque… J’ai souhaité les conserver non en fonction de leur (réelle) valeur sur le marché du « vieux papier » mais pour l’intérêt de leur contenu. Le philosophe Alain, entre autres, y a publié plusieurs de ses Propos et au moins un « libre propos », ce qui me semble intéressant à signaler au passage.

L’autre raison pour parler de bibliothèques est que le Web me rappelle constamment cette longue partie de ma vie passée dans une profession que j’ai aussi mise en images, pour le plaisir. Postées sur mon site web depuis 2004, ces images se sont envolées comme autant de feuilles mortes que d’autres ramassent, à  l’Apple (titre à succès) ou sur leur PC . Ne se contentant pas de les mettre dans leur ordinateur, ils les diffusent à leur tour sur le Web, comme si ces documents étaient anonymes! Si ces « emprunteurs » indélicats savent que Google images permet désormais de les retrouver facilement, ils semblent s’en ficher comme d’une guigne…

Bibliobus  © Razanajao

Bibliobus © Razanajao

Je devrais être flatté du succès rencontré par certains de mes dessins ainsi réinjectés incognito sur le web mais qui ne me rapportent ni argent ni gloire ! Je continue de reprocher à ceux qui se les approprient de ne pas préciser qui les a réalisés et d’où ils proviennent. Comme les enfants qui découpaient autrefois des images dans des livres et les collaient ensuite dans leurs cahiers d’écoliers pour faire joli – je l’ai fait moi aussi mais j’avais 8 ans – certains webmestres peu scrupuleux piochent dans un web qui n’est rien d’autre à leurs yeux qu’un vaste supermarché gratuit. Ainsi le webmestre de ce site ukrainien qui fait défiler en boucle trois de mes représentations plus ou moins fantaisistes de bibliobus réalisées dans divers contextes éditoriaux a dû trouver que ces dessins illustraient parfaitement le propos du site qu’il administre.

En effet, il est consacré aux descendants actuels des « bibliothèques ambulantes rurales » évoquées par Lydia Bach quelques 83 ans plus tôt et qui étaient alors au nombre de 13.106 en URSS, rien moins. Un article paru en 1998 dans la presse professionnelle donne un bref historique des bibliothèques russes avant l’effondrement de l’URSS. Il n’évoque pas ces bibliobus avant la lettre mais rappelle que « Le Parti utilisait les bibliothèques pour faire la propagande du marxisme-léninisme, ainsi que sa propre politique » [et que] « La Russie avait un des systèmes de bibliothèques les plus ramifiés du monde, système qui comptait environ 150.000 bibliothèques de différents niveaux […] ».

Les chiffres donnés dans l’article de « La Lumière » sont plus modestes puisqu’ils concernent les débuts de l’URSS mais il est déjà fait état de 22.125 « isbas de lecture » qui s’ajoutent aux bibliothèques ambulantes. Lydia Bach, lorsqu’elle aborde la question des auteurs russes et des traductions,  confirme - de manière plus sévère -  les propos du bibliothécaire russe d’aujourd’hui sur la propagande politique à l’ère communiste: « la nourriture spirituelle du citoyen soviétique moyen reste généralement médiocre, n’étant trop souvent que de bourrage de crane bolchéviste ». On y apprend encore que « Le lecteur nouveau, ouvrier, employé, étudiant ou paysan, manque de discernement et de culture et avale tout ce qui lui tombe sous la main ; ses préférences instinctives vont aux œuvres banales et niaises. Pourtant les bibliothécaires, poursuivant leur tâche d’enseignement postscolaire, cherchent à guider son choix et éduquer son goût ».

Vaste programme, comme aurait pu dire le maréchal Staline ! Le retraité, qui ne l’est qu’en titre, le reprendra à son compte, pour conclure et en le paraphrasant : le webmestre nouveau manque de discernement et de culture et pompe tout ce qui lui tombe sous la main ; ses préférences instinctives vont aux œuvres peu connues et non identifiables, croit-il. Pourtant l’ancien bibliothécaire, poursuivant sa tâche de passeur d’information, cherche à lui apporter la lumière et développer son sens de la nétiquette.

La Lumière

1. numéro 100, 6 avril 1929, p. 11.
2. Communément : feuille de papier ordinaire sur laquelle on fait des encollages.

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