13 décembre 2012

Journalistes, poubelles et autres acharnements nauséabonds

Les journalistes ont parfois la dent dure avec leurs confrères et Philippe Meyer qui a une conception noble de son métier l’a vécu longtemps comme « un poison ou un philtre dont l’absorption déclenche l’impulsion irrésistible d’aller voir le monde et de le raconter aux autres ». Il a constaté aussi que, depuis qu’il est entré dans la profession, le « journalisme s’est beaucoup simplifié et le journaliste considérablement enrichi » ; et d’expliquer que le métier consiste maintenant à bénéficier gratis « du plus grand nombre de produits et de services », par l’entremise des attachés de presse (1). Pour ma part, j’aurais pointé la propension qu’ont certains chroniqueurs à la mentalité bornée de paparazzi à renifler les poubelles. L’exemple des attaques « journa(ba)listiques » dont fait actuellement les frais Jérôme Cahuzac montre que l’homme est un chacal pour l’homme ; on sait que cet animal opportuniste est aussi amateur de charognes.

Alors qu’il existe tant de causes justes à défendre ou de véritables scandales à dénoncer, en prenant des risques comme le font sur le terrain les reporters de guerre, le journaleux du web reste bien à l’abri derrière son écran d’ordinateur, petit bout de sa misérable lorgnette qui l’empêche de voir grand. On ne sait d’ailleurs pas si son acharnement vise le coup médiatique gratifiant pour son ego personnel ou bénéfique pour la courbe des ventes de l’organe d’information qui l’emploie. Son comportement explique en partie la désaffection du lectorat pour la presse, les lecteurs déçus allant chercher ailleurs les informations, sur les réseaux sociaux ou les blogs qui ne sont d’ailleurs pas à l’abri de tout reproche.

Cet appétit de charognard du journaleux peut être mis en parallèle avec l’acharnement indigne d’une certaine fraction du public des concerts à l’encontre d’interprètes pris pour cible. Huée quasiment pour délit de faciès à l’envers à la fin de la Première de Carmen donnée à l’Opéra Bastille, la blonde Anna Caterina Antonacci, en larmes, n’a pas su réagir par le mépris, à la différence d’un Alagna, qui a lui aussi connu ce genre de cabale ou - il y a bientôt 80 ans - un Jean Wiener « sifflé par les grincheux, accablé par la cohue des snobs imbéciles mais applaudi et soutenu par les véritables musiciens » (2). Croyant faire preuve d’originalité, ces éternels imbéciles, aussi stupides que les membres des claques tarifées d’autrefois, ne sont en fait que quelques moutons noirs au sein d’un vaste troupeau. Ils se font remarquer par leur couleur mais ne brillent pas par leur intelligence et, comme les journalistes sans envergure, sont réellement nuisibles.

Moutons transhumants - Tornac

Moutons en transhumance sur la commune de Tornac (Gard)

1. Portraits acides et autres pensées édifiantes. - Paris : Le Cherche midi éd., 1999. – (Collection Les Pensées).
2. Roland Manuel. In : l’Éclair, 8 janvier 1924.

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