28 novembre 2012

Chanter la gare de Lyon


tour de l'horloge (gare de Lyon)

La tour de l’horloge de la gare de Lyon fut hier, moins aujourd’hui à cause des grands immeubles modernes qui l’enserrent et l’étouffent, le phare ou l’amer de nombreux voyageurs en partance pour le Midi ou les régions du sud-est. Barbara a chanté la gare et, avant elle, maints écrivains français ont dit ce que leur inspirait la tour. Si Jean Giono considérait ce « repère majestueux » comme le plus grand monument de Paris et son horloge le symbole du départ du train le ramenant à Manosque, la tour a gardé un peu de cette fonction pour des milliers de Parisiens qui passent près de son pied lors des départs en vacances. A l’instar de l’écrivain, nombre d’entre eux sont heureux de retrouver périodiquement leurs racines ou leurs attaches, franc-comtoises comme un Tristan Bernard ou savoyardes comme un Henry Bordeaux, deux auteurs à qui cette tour plus que centenaire a aussi inspiré de belles esquisses d’ailleurs ensoleillés.

la tour de l'horloge de la gare de Lyon

Mais personne ne l’a chantée avec autant de chaleur et d’emphase qu’un André Lichtenberger à qui l’on demandait ce qu’elle lui évoquait. En quelques phrases, il résume la pensée de ses confrères : « O tour ! Quel phare, quel obélisque, quel minaret, quelle flèche d’église égalent ta vertu suggestive ! Quelle heure vaut celles que tu annonces. Te voici ! Je hume déjà vos arômes, plantureuse bourgogne, succulente Provence ! Fraîcheurs alpestres, voici que me recréent vos caresses neigeuses ! A moi tes splendeurs fleuries, ô Riviera ! Toutes tes grâces, Méditerranée adorable, dont les flots d’azur engendrèrent Aphrodite, tous tes mythes, Orient fabuleux, où naquirent toutes nos religions, d’où nous vinrent la perfection grecque, le vertige égyptien […] Tour de l’horloge de la gare de Lyon, clef des paradis sans nombre, signe de lumière, symbole de croisière » […], etc., etc.

horloge de la gare de Lyon

Si cette clé évoque des paradis lointains, à l’inverse, elle est aussi celle d’un paradis dont elle n’est pas loin du centre : Paris. En effet, combien de voyageurs venus autrefois de leur lointain Orient ou de leur mystérieuse Afrique et débarquant pour la première fois dans la capitale l’ont regardée avec émotion ? Pour ces colonisés d’hier et ces immigrants de toujours, elle a marqué l’heure d’arrivée dans leur nouveau cadre de vie… Les provinciaux qui débarquent à Paris ont sans doute une réaction similaire et les Parisiens exilés dans le sud aiment lui jeter un coup d’œil, chaque fois qu’ils reviennent se ressourcer dans la capitale. Ils ont aujourd’hui la chance de pouvoir se déplacer à l’aise sur le parvis libéré des taxis et autres voitures qui y régnaient en maitre il n’y a pas si longtemps encore. Ces heureux voyageurs ont enfin retrouvé ces espaces dégagés, tels qu’ils apparaissaient sur les cartes postales au début du 20 siècle.

la gare de Lyon à Paris

La gare de Lyon, ce sont aussi les vieilles traditions de correspondance avec des trains partant d’autres gares parisiennes ou avec les aéroports et les réflexes associés ; je ne peux m’empêcher de raconter une anecdote démontrant la force de l’habitude. Il s’agit d’un voyage organisé ; le rendez-vous avec le voyagiste est fixé, tôt le matin, à l’aéroport Charles De Gaulle. Deux retardataires se font attendre ; l’heure tourne… enfin ils arrivent, essoufflés et en colère contre le chauffeur de taxi qui leur a fait payer cher une course interminable dans les embouteillages depuis un hôtel proche de la gare de Lyon où ils ont passé la nuit. D’où viennent-ils donc ? D’une petite ville du Gard. Que n’ont ils pris un TGV direct depuis Nîmes jusqu’à l’aéroport ? Ils découvrent alors cette possibilité, qui existe pourtant depuis des années… La bonne vieille habitude de descendre à la gare de Lyon, terminus traditionnel du PLM d’avant guerre ; et pourtant, ce couple mal informé est encore jeune…parvis e la gare de Lyon

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