14 novembre 2012

Nouveau rendez-vous des vivants et des morts

Barack Obama et François Hollande se sont déjà croisés sur une des pages de ce blog. Je les réunis de nouveau aujourd’hui parce que ces deux hommes sont actuellement, période électorale et postélectorale obligent, représentatifs du harcèlement médiatique qui induit les fluctuations de leur cote de popularité auprès de grandes fractions de la population. Des deux côtés de l’Atlantique, ces dernières sont incapables de se déterminer autrement que sur des résultats immédiats et tangibles.

Barack Obama n’a pas pu réaliser en quatre ans tout ce à quoi il s’était engagé lors de la campagne pour son premier mandat; c’est un fait mais une majorité d’Américains lui ont accordé de nouveau leur confiance pour les quatre années du second. Cela démontre leur maturité politique et un certain sens de l’histoire. La popularité de François Hollande chute depuis des mois ; la pente est activement savonnée par la presse qui s’en donne à cœur joie et qui, par son tam tam médiatique complaisamment orchestré et relayé, crée et entretient des rumeurs capables de déstabiliser une partie de l’électorat de gauche et conforte quantités d’autres électeurs dans leur exécration du « socialisme ».

François Hollande et Barack Obama ont d’autres points qui les rapprochent. Ils sont les chefs d’état de deux grandes nations ayant une histoire commune depuis plus de deux siècles, états qui, de surcroit, ne se sont jamais fait la guerre mais se sont au contraire entraidés. Chaque Français connait l’aide précieuse apportée réciproquement dans les conflits armés. Ce furent, en son temps, l’engagement du Marquis de Lafayette auprès des Américains en train de fonder leur pays et, inversement, les renforts décisifs apportés par les Américains à la France lors des deux guerres mondiales.

La journée du 11 novembre venant d’être célébrée dans le nouveau contexte que l’on sait (1), il m’a semblé opportun de rappeler l’action généralement moins connue de citoyens américains ayant vécu en France et qui, lors de la Grande guerre, se sont engagés dans l’armée française pour défendre leur pays d’adoption. Alan Seeger, poète, était de ceux-là ; comme Lafayette le fit 140 ans auparavant sur le sol américain, il participa dès 1914 aux combats pour la liberté de la France mais tomba dans la Somme le 4 juillet 1916. Ironie de l’histoire, ce jour est précisément celui de la fête nationale américaine.

Il n’est pas de plus bel hommage à rendre à ce courageux Américain que de donner à lire un de ses poèmes, fataliste et prémonitoire s’il en est. Alan Seeger, mort pour la France à 28 ans, a rejoint dans l’éternité d’autres écrivains disparus eux aussi dans la fleur de l’âge et déjà évoqués sur ces pages, tels un Paul Verlet ou un Gerrit Engelke. Le second était un combattant d’ « en face » mais la poésie est universelle et rien ne distingue plus les hommes lorsqu’ils sont redevenus poussière. Par la volonté de politiciens toujours prompts à envoyer leurs semblables sur les champs de bataille, ils se sont battus vaillamment et ont malheureusement cessé de vivre avant d’avoir pu donner toute la mesure de leur talent. Les causes que défendaient ces soldats appelés ou engagés étaient « justes » mais étaient-ils aussi légitimes ces combats qui ont vu tomber tant d’autres malheureux soldats français lors des guerres coloniales ? Cette question fera certainement l’objet d’un futur billet.

I have a « rendez-vous » with death

I have a rendez-vous with Death
At some disputed barricade,
When Spring comes back with rustling shade
And apple-blossoms fill the air –
I have a rendezvous with Death
When Spring brings back blue days and fair.

It may be he shall take my hand
And lead me into his dark land
And close my eyes and quench my breath –
It may be I shall pass him still.
I have a rendez-vous with Death
On some scarred slope of battered hill,
When Spring comes round again this year
And the first meadow-flowers appear.

God knows ’twere better to be deep
Pillowed in silk and scented down,
Where Love throbs out in blissful sleep,
Pulse nigh to pulse, and breath to breath,
Where hushed awakenings are dear…
But I’ve a rendez-vous with Death
At midnight in some flaming town,
When Spring trips north again this year,
And to my pledged word am true:
I shall not fail this rendez-vous.

Alan Seeger

1. la loi du 28 février 2012 prévoit que « la journée du 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice de 1918 et de commémoration de la victoire et de la paix, soit aussi un jour d’hommage à l’ensemble de ceux qui sont morts pour la France qu’ils soient civils ou militaires, qu’ils aient péri dans des conflits actuels ou des conflits anciens ». Cette nouvelle disposition permet dorénavant « de rendre hommage à tous ceux qui ont péri au cours d’opérations extérieures. Cet hommage ne se substitue pas aux autres journées de commémoration nationale ».

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