31 octobre 2012

Madagascar et cinéma versus Madagascar (le film)

Madagascar (l’île) aurait fort à faire pour ne pas être entièrement occultée par Madagascar (le film). On peut néanmoins espérer que ce dernier aura permis aux millions de spectateurs qui ont vu un de ses épisodes  de situer au moins le pays sur un planisphère, à défaut de connaître la réalité tragique du quotidien d’une grande partie des insulaires. Le constat est identique sur le Web où Madagascar coulait des jours presque heureux avant l’intrusion de cette concurrence médiatique malvenue que lui fait un film qui s’est approprié son nom (1), et ce en particulier  depuis la sortie du troisième épisode. Actuellement la banale requête « Madagascar » lancée dans le cadre de « Google recherche » génère pas moins de 443 millions de résultats mais la bande annonce du film apparait déjà en 11e position, ce qui est stupéfiant et inquiétant ; on peut se demander pourquoi elle n‘a pas encore accédé à la première place puisque ce sont les médias et la publicité qui désormais régissent le monde.

Cela ne saurait tarder car c’est déjà chose faite en ce qui concerne les résultats obtenus avec la combinaison des mots clés « Madagascar » et « cinéma » : le cinéma malgache est éclipsé par le film ; en effet, sur les 39.800.000 réponses, ce dernier accapare les premières places et relègue au 4e rang (ou au 8e selon l’heure de consultation!),  la première référence traitant de cinéma malgache. Il s’agit d’un compte rendu des 7e rencontres du film court de Madagascar, manifestation qui s’est déroulée à Antananarivo du 13 au 20 avril dernier. Même s’il n’est pas aussi connu du public français que le cinéma africain, le cinéma malgache existe bel et bien et c’est donc de lui qu’il va être question aujourd’hui, un peu, et un peu plus la semaine prochaine.  Il faut en effet que je m’y reprenne à deux fois pour faire cette mise au point/contre offensive car  l’espace d’écriture alloué à chaque billet de ce blog m’est toujours aussi chichement compté.

Cinéma et Madagascar : ces deux mots sont également indissociables du festival du film qui a eu lieu au Musée de l’homme à Paris en 2003 et qui fut l’occasion de présenter une sélection importante (mais relativement faible comparée aux mille titres recensés!) de films documentaires, de fiction ou historiques  ayant trait à la Grande île (2). Le Comité du film ethnographique, organisateur de cette manifestation mémorable et unique en son genre, a donc permis de découvrir ou de revoir des films d’origine, de nature et d’âge divers, depuis les plus anciennes images tournées à Madagascar (en 1910) par Alfred Machin jusqu’à “Des gouttes d’encre sur l’île rouge”, l’interview/portrait de l’écrivain Jean-Luc Raharimanana réalisé en 2003 par Randrianina Ravoajanahary et Vincent Wable. Si la plupart de ces films ne sont pas dus à des Malgaches, leur sujet est bien Madagascar et, comme l’ “Aventure malgache” - film méconnu d’Alfred Hitchcock - ils ont été été réalisés  en grande partie par des Européens. Une bonne dizaine de réalisateurs malgaches figurent néanmoins dans le programme qui fait référence, Raymond Rajaonarivelo notamment, pour ne citer que le plus connu.

La semaine prochaine, nous retrouverons ce réalisateur et Jean-Luc Raharimanana en compagnie d’un nouveau venu au talent prometteur, tous trois réunis dans le projet du grand film  historique  malgache que j‘appelle de mes vœux depuis longtemps. Je ferai aussi une incursion dans le passé  en évoquant la perception qu’avaient du cinéma le spectateur tananarivien dans les années 30.

1. A ma connaissance et sauf plus ample informé,  le nom “Madagascar” n’a pas été déposé par les autorités de l’île, ce qui est bien regrettable car elles auraient pu monnayer le droit de l’utiliser. Sans copyright, ce nom est devenu le  titre d’un film ayant peu de rapport avec Madagascar.
2. Regards comparés Madagascar : histoire - identité - diversité. Musée de l’Homme, 21-26 octobre 2003.

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