26 septembre 2012

De la musique malgache avant toute chose

Je m’étonnais récemment qu’une petite cousine d’origine malgache née en France et qui s’était découvert un intérêt pour la musique traditionnelle du tanindrazana (terre des ancêtres) ne sache pas comment trouver des enregistrements sonores de cette musique. A l’ère du Web, cette méconnaissance des nombreuses ressources offertes en la matière par ce média m’a surpris mais peut-être cette cousine, que je ne connais pas personnellement et je le regrette, n’est-elle pas familière de la recherche en ligne. S’agissant d’enregistrements sur CD, je comprends les difficultés qu’elle a pu rencontrer. Un disquaire de province ne me disait-il pas que la musique malgache était très mal diffusée en France ? Je cherchais alors dans ses bacs des titres que je ne possède pas. Plus grave encore, lorsqu’elle est diffusée, cette musique se vend mal. Je garde en mémoire la réponse que me fit un des responsables de Frémeaux et Associés avec qui je conversais par téléphone il y a bien dix ans de cela, à propos de « Musique de la côte et des hauts-plateaux » (1), seuls enregistrements de musiques traditionnelles malgaches figurant à l’époque au catalogue de cette incomparable maison d’édition. Tiré à 500 exemplaires, sauf erreur, cet excellent l’album se vendait alors péniblement…

Mpilalao

Mpilalao

Ce manque d’intérêt du public français pour les musiques de Madagascar, dont la diversité et la richesse sont notoires, a  plusieurs causes. La principale me semble être la faiblesse de leur promotion, notamment à travers les médias. Les journalistes sont plus enclins à saluer un CD qui fait déjà un « tabac » qu’à créer l’événement. Je pense notamment au succès de l’album « Buena vista social club ». Les musiques de Madagascar n’ont rien à envier à celles Cuba (autre île rouge !) mais le public ne le sait pas et, lorsqu’une vedette malgache remplit une salle de concert aussi célèbre que l’Olympia, quelle est la proportion du public non issu de la diaspora malgache ou qui n’a aucune affinité avec des Malgaches ? J’aimerais qu’on me dise le contraire mais je pense que cette proportion est faible.

Autre raison favorisant le désintérêt général pour la musique malgache, ces chanteurs (et chanteuses) ou ces groupes se réclamant de la malgachitude mais qui ne proposent qu’une musique édulcorée, insipide et mondialisée et, de ce fait, empreinte d’influences diverses pas toujours des meilleures. Un ou deux instruments de musique traditionnelle ajoutés sont insuffisants pour faire passer la pilule et le résultat déçoit l’amateur de musique authentiquement malgache. Ce concept reste d’ailleurs difficile à définir, je le reconnais. Je ne citerai évidemment aucun nom mais des artistes peu inspirés se reconnaitront peut-être derrière ces propos sévères et il me semble qu’ils devraient essayer de se remettre en question.

Je ne serai pas négatif jusqu’au bout ! La musique malgache peut aussi s’écouter sur diverses radios en ligne et même, de temps en temps, sur les chaînes nationales françaises, pour le plus grand plaisir de l’auditeur, éclairé ou non. Sur France musique en particulier, certains producteurs lui ont ouvert leurs micros, comme l’a fait Françoise Degeorges - pour ne citer qu’elle - dans son excellente émission « Couleurs du monde ». Cette émission en est d’ailleurs à sa neuvième édition, ce qui me permet de faire la transition avec les Journées de Madagascar à l’Unesco, manifestation organisée pour la 9e année consécutive par la représentation permanente de Madagascar auprès de l’organisation. Ce fut là une nouvelle occasion de voir et d’entendre sur scène quelques-uns des plus prestigieux représentants de ce « peuple artiste » comme l’annonçait un programme qui a fait la part belle à la musique, sans négliger les autres manifestations de l’art malgache.

Décidément, septembre 2012 aura été riche en événements sur ce plan puisque cette semaine se déroulent à Antananarivo deux petites cérémonies autour de cette musique authentique que j’évoquais à l’instant. En effet, ce mercredi même a lieu, au musée d’art et d’archéologie, la remise des enregistrements de terrain collectés à Madagascar, depuis des années, par August Schmidhofer et demain jeudi, des copies de disques seront aussi remises à la Bibliothèque Nationale. Posté en mars dernier par nos soins sur le site des Actualités culturelles malgaches, le rappel de l’existence des Archives virtuelles de la musique malgache (AVMM)n’est peut-être pas étranger à ce regain d’intérêt pour ces dernières. Les deux animateurs de cette manière de portail des musiques de Madagascar se réjouissent de constater que, au delà de la finalité  conservatoire de leur démarche,  la valeur de leur travail diversifié de collecte (enregistrements musicaux, références bibliographiques, liens sur le Web) est reconnue. Leur  activité participe aussi  de la promotion de ce pan essentiel de la culture de Madagascar qu’est sa musique.

Musiciens malgaches en 1895

Musiciens malgaches en 1895


1. [Anthologie] 1929-1931. Texte de présentation de Henri Lecomte. – Vincennes : Frémeaux et Associés, cop. 1997. Album de deux CD. FA 58.

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