8 août 2012

Des auteurs et des bibliographes à la peine

Quand je consacre un billet à un sujet concernant Madagascar, ce qui ne m’arrive moins souvent qu’auparavant et je le regrette, j’ai tendance à laisser libre cours à mon esprit critique en parlant plus de ce qui va mal que de ce qui va bien. Que mes lecteurs ne m’en veuillent pas ; d’autres blogueurs vivant sur place sont mieux placés que moi pour déceler les faits positifs et les rapporter. J’espère être quand même encore de ce monde pour saluer un jour une Grande ile qui ne le sera plus seulement par ses dimensions physiques.

Un blogueur de la « Malgachie » qui s’est fait encore plus rare que moi - et son silence m’a donné quelques inquiétudes – est revenu très remonté dans le billet du 6 août qu’il consacre à la réédition récente de la  Fille de l’Ile rouge,  ce roman de Charles Renel dont j’ai moi-même évoqué la teneur et présenté quelques passages dans un billet précédent. Je terminais ce billet en déclarant mon impatience de voir paraître cette réédition. Pierre Maury, qui l’a lue scrupuleusement, nous explique, avec force exemples, « pourquoi il ne faut pas acheter ce livre » que Dominique Ranaivoson vient donc de rééditer et j’ai bien peur qu’il ait raison. Peut-être le consulterai-je, dans une librairie ou une bibliothèque qui l’acquerra quand même, pour vérifier en particulier si sa postface n’apporte pas l’éclairage que l’on était en droit d’attendre sur la vision qu’avaient les Européens de la société malgache à l’époque de la parution de l’édition originale (1).

Je croyais pouvoir mettre les critiques de Pierre Maury sur le compte de la culture de l’ « à peu près » (déjà évoquée sur ce blog) qui caractérise de nombreux Malgaches mais les approximations et les erreurs de l’auteur sont ici le fait d’une Française qui semble avoir manqué de la rigueur nécessaire en publiant ce livre. Par son patronyme malgache, elle pourrait apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la période de colonialisme n’a pas été assez longue pour insuffler dans l’ « âme malgache » ce fameux esprit de rigueur que des siècles de confrontations guerrières, mais aussi d’échanges culturels et techniques, ont permis de forger dans les mentalités occidentales…Cette rigueur est un long apprentissage et je m’en rends compte (presque) quotidiennement en récoltant, beaucoup au hasard et non de façon systématique comme il le faudrait, les références se rapportant aux musiques de Madagascar.

René Rancœur

Ce faisant, je me rappelle la rigueur exemplaire d’un bibliographe aujourd’hui disparu qui à lui seul dépouillait tout ce qui avait trait à la littérature française (2). René Rancœur, que j’ai côtoyé à la BNF (site Richelieu), avait une patience et une ténacité hors du commun ; aurait-il pu affronter le déferlement bibliographique qui inonde le Net aujourd’hui ? De surcroit, l’arrivée massive de publications anciennes en texte intégral, donne au bibliographe travaillant en ligne l’impression, comme Pénélope, de n’avoir jamais terminé son ouvrage puisqu’il faut sans cesse le remettre sur le métier et ajouter les liens qui manquent.

C’est ce qui m’est arrivé pas plus tard qu’hier en découvrant que  les chants de Madagascar édités par Judith Gautier (3) étaient maintenant sur le Web. Le contexte politique et social malgache m’y incitant, je donne le premier couplet d’un «Chant à la gloire des Français », vraisemblablement soufflé au parolier par l’occupant lors de la conquête de l’île. Ce chant décrit une situation antérieure à la colonisation mais il fait écho à une réalité malheureusement encore bien actuelle plus d’un siècle après que les paroles aient été écrites :

« Sous les Français nous vivons sans contrainte.
Et nous pouvons tous voyager sans crainte.
Il n’est plus de voleurs!
Vivent les trois couleurs! »
Chant à la gloire des Français


1. Flammarion, 1924.
2. Bibliographie littéraire de la France. René Rancœur a assuré la publication de cette bibliographie annuelle de 1953 à 1996.
3. Judith Gautier. Les musiques bizarres à l’exposition de 1900 : les chants de Madagascar transcrits par Bénédictus. – Paris : P. Ollendorf ; Enoch et Cie, 1900.

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