25 juillet 2012

Vagabondages gardois (suite)

Écho du Gardon, n. 18Je poursuis la relation de mes vagabondages dans le Gard. J’y reviens en m’arrêtant un peu plus dans les Cévennes. Après avoir retrouvé le portrait de Jean-Pierre Chabrol (dessiné d’après une photographie de l’époque, dois-je préciser), j’ai relu les premières lignes du texte que ce dessin illustrait et qui avait pour titre « Mais nous crevons de l’âme », cri de l’écorché vif qu’était l’auteur. Il avait bien voulu donner à l’Écho du Gardon l’autorisation de publier ce qui pourrait être un extrait ou une émanation de « Mon païs escorjat » (1). La revue mensuelle d’informations cantonales, publiée à Saint-Jean du Gard, l’avait utilisé en guise d’éditorial pour les numéros 18 et 19 parus en 1980. On peut se demander si, plus de trente ans après, le constat de Chabrol reste d’actualité : « le pays meurt lentement mais sûrement ; et cela, malgré (ou à cause) des touristes, des énarques débarqués d’Air-France, de la fonctionnarisation… ». S’il avait pu participer aux 16e Rencontres Abraham Mazel, quelle eût été la vision de Jean-Pierre Chabrol sur les Cévennes d’aujourd’hui et les actions à mener pour qu’elles continuent de vivre?

Sans crainte de me tromper, je pense qu’il aurait été un des plus ardents opposants aux projets de prospection de gisements de gaz de schiste dans les Cévennes. Les hommes ont vraiment la mémoire bien courte : les mines de houille du bassin d’Alès ont été fermées parce que déclarées non rentables à l’ère du pétrole-roi alors que, en réfléchissant un peu, les industriels si soucieux de rentabilité auraient dû se souvenir qu’il est possible de fabriquer de l’essence de synthèse à partir de la houille. Les Allemands privés de leurs sources d’approvisionnement en pétrole pendant la dernière guerre avaient su mettre à profit cette technique sans doute polluante elle aussi mais son impact environnemental n’est peut-être pas aussi dangereux que celui généré par l’exploitation du gaz de schiste.

Z'avez du schiste!

Z'avez du schiste!

Je ne suis pas compétent en la matière mais on pourrait aussi accélérer le développement des technologies qui permettent d’ores et déjà de diminuer le volume des gaz nocifs (récupération et réutilisation du CO², par exemple). J’aime lancer des idées, espérant qu’elles ne restent pas lettre morte ; dans le contexte de pénurie de carburants annoncée, il me semble que toute idée à ce sujet mérite un examen sérieux.

Son pays (les Cévennes) est-il moribond dans les années 80, comme Chabrol l’ écrit, à cause des touristes notamment? Autant que la désindustrialisation du bassin minier alésien, qui semble avoir repris du poil de la bête depuis en se diversifiant, la mort lente constatée par l’écrivain est aussi celle des traditions et de la langue, phénomènes associés au rachat des maisons familiales par les « estrangers » de l’intérieur et de l’extérieur.

Les Cévennes et l'Europe

Des Cévenols ont peut-être le sentiment d’une « invasion », ce qui est tangible les jours de marché en été à Saint-Jean du Gard ou à Anduze, mais il ne tient qu’à eux de montrer qu’ils existent, en participant notamment à la vie locale, extra municipale s’entend, en ne se repliant pas sur le cercle familial vieillissant comme on peut l’observer ici ou là. En dehors des touristes, combien de villageois autochtones assistent aux concerts, aux manifestations diverses, à celles que des personnes pas nécessairement issues du terroir organisent aussi et qui s’efforcent de s’intégrer dans la communauté en y apportant un nouveau souffle ?

Les Cévenols ne manquent pas d’idées pour la valorisation de leurs productions régionales. Après la « Modestine », pâtisserie créée à Saint-Jean du Gard l’année dernière (sous le nom de « Sabot de Modestine »), en souvenir de Stevenson et sa chère ânesse, j’ai découvert cet été un nouveau fromage produit à Moissac Vallée française : le « Réboussier» . Pour ceux qui l’ignoreraient, le nom de cette tomette au lait cru de chèvre fait référence à un trait de caractère imputé à certains Cévenols (reborsièr signifie contrariant ou revêche en occitan). Au-delà de son éventuel aspect contre-productif sur le plan local (clin d’œil aux touristes ?), cette appellation montre qu’un trait de caractère peut en cacher un autre mais l’autodérision n’est-elle pas un signe de vitalité ?

Pélardons et réboussier

PAPÉ – LARDONS (petit dialogue en Cévennes) - Il n’est pas d’ici celui-là ! - Oh que si ! C’est même un fameux rébousssier

1.« Mon pays écorché », manifeste paru en 1978, écrit en collaboration avec Robert Lafont et Emmanuel-Maffre-Baugé. En rédigeant ce billet, je n’avais pas sous la main l’intégralité des textes auxquels je fais référence et je n’ai donc pas pu en vérifier les sources.

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