22 juillet 2012

Vagabondages gardois

On ne fait pas ce qu’on veut quand on tient un blog qui lui-même ne tient qu’à un fil : celui du téléphone. Sur ce plan, j’ai été un peu coupé du monde virtuel cette semaine qui a failli se terminer sans mon billet hebdomadaire. Comme je suis encore dans les temps, je vais tenter de me rattraper car il y avait de la matière dans le beau département du Gard, objet de divers déplacements depuis le début de juillet.

Ce furent d’abord les Rencontres Abraham Mazel le 7 et 8 juillet à Saint-Jean du Gard, sur le lieu même où naquit le célèbre camisard qui, au début du 18e siècle, décida de « chasser les bœufs noirs du jardin » (les curés) puis de combattre les armées royales envoyées pour réduire les protestants cévenols révoltés. L’association du même nom fêtait son 20e anniversaire et avait proposé aux intervenants des 16e rencontres de donner leur vision personnelle des Cévennes. « Quelles Cévennes… » était en effet le thème de cette manifestation annuelle qui se déroule en grande partie en plein air et qui fut aussi l’occasion de présenter deux expositions dans la vieille bâtisse restaurée : des dessins de Jean-Pierre Chabrol et des peintures de Véronique Gealageas . Jean-Pierre ChabrolJe n’ai assisté qu’à la première matinée, me sentant incapable d’affronter plus longtemps les piqures de taons auxquelles je suis particulièrement sensible. Le chien assoiffé qui déambulait parmi l’assistance, après avoir lapé le contenu entier du verre d’eau de la conteuse Anne Clément en train de lire des textes de Chabrol fut bien marri, comme le renard déjeunant avec la cigogne, de ne pas avoir aussi accès à l’eau de la carafe posée à terre à côté de l’autre récipient.Le chien assoiffé

J’évoque l’eau et les fables de La Fontaine mais en revoyant la célèbre fontaine de Pradier ravalée qui trône au milieu de l’esplanade de Nîmes, il m’est revenu à l’esprit une historiette lue autrefois dans l’Almanach cévenol. La fontaine Pradier à NîmesLes réaménagements de ce vaste espace sont enfin terminés et en font un lieu reposant et ombragé (en partie artificiellement) contrastant avec le chantier permanent qu’est la bonne ville de Nîmes. L’historiette raconte que la célébrité du sculpteur rendit jaloux un certain tueur de porcs local persuadé que Pradier était un confrère :
- Quau es aco ?
- Es Pradié
- Quinté Pradié ? de que fai ?
- Es estatuiaire.
- Es esta…tuiaire (1)
Cette traversée de l’esplanade fut aussi l’occasion vraiment inattendue de rencontrer une ancienne collègue bibliothécaire limougeaude venue à Nîmes pour assister au Concert de Bob Dylan qui allait être donné le soir. Je ne l’avais pas revue depuis mon retrait de la fonction publique. Le monde est petit et la vie continue…La fontaine Pradier à Nîmes

La vie culturelle continue aussi à travers les siècles et un qui sait, et comment!, restituer l’atmosphère musicale du passé est bien Jean Tubéry et son ensemble La Fenice. Le concert pour le Doge à Saint-Marc de Venise de Giovanni Gabrielli, judicieusement mis en scène en utilisant les galeries latérales en arc de cercle de la cathédrale d’Uzès, a fait du vendredi 20 juillet une soirée mémorable, quasiment 400 ans après la mort du compositeur. Abraham Mazel, qui a chanté les psaumes protestants au Désert, n’a sans doute jamais entendu la musique religieuse de Gabrielli, si sonore et spirituelle. Je ne peux m’empêcher de rappeler que le camisard est mort les armes à la main, un siècle après le compositeur, à Uzès même. Oui la vie continue.

Ensemble La Fenice à Uzès

1. Lou tuiaire de porcs que coumpren mau, par Lou Bourgal. Almana cevenou, 1875.

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