4 juillet 2012

Si nous jouions au chemin de fer…

Les bielles de la 140

J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’évoquer les chemins de fer sur ce blog, notamment mon attrait pour les anciens trains à vapeur. La saison des vacances s’y prêtant, je reviens sur ce thème, car, comme dit le poète :
« Cette période est le temps de prendre l’air
En des voyages circulaires :
C’est le temps des chemins de fer » (1).

A propos d’air, c’est bien aussi d’avoir la chanson et les chansons ferroviaires seront le sujet du jour. Il s’agit plus précisément d’une chansonnette qui sommeillait dans un coin de ma mémoire depuis mon enfance : « Le chemin de fer » (2). Elle enchanta aussi celle de nombreuses (?) personnes de ma génération. C’est le cas de ma sœur aînée, comme je l’ai découvert récemment, quand elle m’a questionné à ce propos. Nous avons alors confronté nos souvenirs respectifs et j’ai constaté que sa mémoire était plus fidèle que la mienne. Tandis que je me rappelais seulement le premier couplet et des bribes du dernier, elle avait retenu bien d’autres passages mais il lui manquait encore des éléments. A la suite de quoi, j’ai commencé une veille documentaire ponctuelle sur le Web, jusqu’au jour où la fameuse chanson y est apparue. Elle commence par : « Si nous jouions au chemin de fer, le fauteuil serait la locomotive ». C’était hier.

Mes premières recherches remontent à 2006 mais elles étaient restées infructueuses. Ma documentation ferroviaire personnelle ne m’ayant été d’aucun secours, j’avais contacté le Centre d’Archives Historiques de la SNCF au Mans. Je n’avais pas donné suite car il m’eût fallu aller sur place. J’avais mis de côté cette question qui n’était pas vitale et c’est alors que les paroles de la chanson ont surgi sur le Web. Elles ont été mises en ligne par Gérard Lefranc, architecte à la retraite qui, à travers des anecdotes dont certaines sont très drôles, évoque l’histoire de sa famille sur son site. On découvre ainsi qu’il a également appris la chanson de la bouche de sa mère, dans les années 40. Le texte qu’il publie, qui ne comportait à l’origine que le premier couplet, a été complété depuis.

Jeu du Chemin de fer

Si nous jouions au chemin de fer,
Le fauteuil serait la locomotive,
Les quatre chaises seraient les wagons
Et nous les voyageurs qui arrivent.
Les voyageurs embarquez. Tchou tchou
Les portières sont fermées. Tchou tchou
Nous voilà partis - vite vite
La campagne passe
Devant nos regards ravis
Nous voila partis – vite vite
Il file comme l’éclair, le chemin de fer.

C’est tout. Voici maintenant les variantes et les éléments complémentaires. Ils se placent logiquement après « Et nous les voyageurs qui arrivent » :

Achetons nos billets,
Faisons un trou, [c’est parfait ?] tic tic,
Fermons les portes s’il-vous-plaît
………………………………………………
Le train va prendre son élan
Tchou Tchou !
Le voilà parti, il quitte la ville
Comme il file, comme il file
Mais peut-on filer ainsi ?
Le train prend la fuite, vite vite vite
Il passe comme un éclair
Le chemin de fer
(Les paroles du deuxième couplet sont à compléter)
………………………………………………………………..
(Attention au départ…
Pour faire un somme il est trop tard…)
Le train reprend son élan
Tchou Tchou !
Le voilà parti, il quitte la ville
La campagne la montagne,
A nos yeux tout disparait
Le train prend la fuite, vite, vite ,vite
Il passe comme un éclair
Le chemin de fer
………………………………………..
Et puis enfin on arriverait
vite un coup de peigne par bienséance,
On descendrait notre sac du filet
et on reculerait avec prudence…
Tout le monde descend
On dit bonjour aux parents…
……………………………………………………………………..
Les strophes suivantes manquent.

Le Web montre une nouvelle fois ses limites. Il ne rend que ce qu’on lui a donné mais quel outil de recherche pratique, à domicile de surcroît, que le sujet soit scientifique, anecdotique ou futile ! Mais combien de gisements documentaires attendent encore d’y être incorporés, faisant de cet outil la fantastique mémoire universelle de l’humanité dont rêvent bien des bibliothécaires et des documentalistes. Otlet et La Fontaine ont aussi beaucoup réfléchi à la question en leur temps et leur vision de l’avenir fut prophétique. Personnellement, je pense qu’un travail du côté des recueils de chansons scoutes à l’intention des louveteaux, jeannettes ou autres petites-ailes serait un apport intéressant. En attendant que le rêve (ou cauchemar ?) se réalise, on peut souhaiter que d’autres internautes communiquent à leur tour leurs archives et leurs souvenirs, comme l’a fait une intervenante sur le site en question. Elle signale avoir aussi interprété cette chanson apprise en classe plus récemment (dans les années 70). A sa connaissance, son institutrice (âgée ?) en ignorait l’origine. Quelle autre contemporaine de cette époque où l’on chantait ensemble dans les familles restituera les strophes qui manquent encore ? Il ne faut pas tarder car les jeunes mères des années 40 en mesure de le faire sont quasi centenaires aujourd’hui…

Enfants jouant au train

Délicate attention - Maman. « Qu’est-ce que vous fabriquez les enfants ? A quoi jouez-vous ? » Trixy. « Oh, Maman, nous jouons au chemin de fer. Je suis la locomotive et Guy est une voiture de première classe, et Syvia une de seconde classe et May une voiture de troisième classe et Gérald aussi mais, en réalité, il n’est que le fourgon. Il ne faut pas le lui dire car ça le vexerait ».

Épilogue. La veille documentaire était-elle insuffisante ? Le lendemain même de la mise en ligne du ce billet, je trouve de nouvelles traces de cette chanson et pas n’importe lesquelles puisqu’il s’agit de la musique et de l’auteur de celle-ci! Elle est due au compositeur Émile Jaques-Dalcroze, (1865-1950 ). Elle a été publiée une première fois (Lausanne : Ed. Foetisch, 1902) dans un recueil de 12 Lieder intitulé « Chansons d’enfants », opus 42 de l’auteur. Ce recueil a été numérisé en 2010 dans le cadre de « Internet archive » à partir de ce qui semble être une deuxième édition (Paris ; Neuchâtel : Sandoz : Jobin, cop. 1904). L’ensemble est restitué avec les nombreuses scories habituelles qui expliquent pourquoi ma vigilance a été prise en défaut. Malheureusement encore, le texte intégral des paroles ne figure pas ; il s’agit d’indications de mise en scène du « Jeu du chemin de fer », mesure par mesure avec des renvois aux couplets. Ces derniers n’ont pas été reproduits et les partitions sont illisibles… A suivre encore, donc.

1. Franc-Nohain. – Chansons des trains et des gares. Prélude. – Paris : Ed. de la Revue blanche, 1900. Pour l’anecdote, j’ai acheté ce recueil sur le Web à l’occasion de mes premières recherches sur la fameuse chanson. Le vendeur le décrivait comme étant en bon état « avec un dos légèrement abimé ». En découvrant le document, justiciable du rebut dans une bibliothèque publique (les pages jaunies se détachaient d’une reliure cassée!), j’ai juré ne plus jamais acheter de livre à un particulier sur Internet. Ironie de l’histoire, le texte intégral de ce recueil y figure maintenant, notamment ici, ce qui n’était pas le cas lors de mon acquisition. Une sélection de poèmes se trouve aussi là.
2. A ne pas confondre avec « Le petit chemin de fer », chanson interprétée par les mêmes jeunes mères de famille des années 40. Elle commence par « Au beau pays de cocagne, on [variantes diverses] construire un chemin de fer… » ; paroles de René-Paul Groffe, musique de Zimmermann, années 30).

5 commentaires à Si nous jouions au chemin de fer…

  • Daniel MOURET

    J’ai appris cette chanson en 1950 lorsque j’étais au CP de l’école communale de Ville d’Avray … Lors de la distribution des prix en fin d’année, ma classe l’a produite en spectacle ! Je vais l’apprendre à la chorale d’enfants que je dirige à Toulouse, et ainsi ce chant vivra encore dans les mémoires sans doute pour quelques décennies de plus !

  • Le Web révélateur de souvenirs familiaux communs! On peut s’en réjouir mais s’interroger aussi sur tous ceux qui restent encore secrets…

    Claude

  • Frédéric Razanajao

    Bonjour Claude,
    La mémoire familiale défie les générations!
    Figure-toi que le couplet:” le train prend la fuite, vite,vite,vite La campagne,la montagne , à nos yeux , tout disparaît! le train prend la fuite, vite,vite,vite, il s’enfuit comme un éclair, le chemin de fer!” fait partie du hit parade des chansons et comptines que j’utilisais avec mes collègues dans les groupe d’enfants du CAMSP, lorsque se terminait le groupe intitulé ” Comptines et chansons” .C’est moi qui avais lancé la chansonnette… (J’entends encore la voix de maman me la chanter.) Je suis très heureux de découvrir le reste des paroles sur ton blog!Merci.

    Frédéric

  • Bonjour,
    Votre courrier est de ceux qu’on apprécie particulièrement et votre proposition de m’envoyer une copie du jeu m’a fait également très plaisir. Grâce à vous, je vais enfin pouvoir connaître ces paroles oubliées et je vous en suis très reconnaissant. Merci beaucoup. L’adresse à laquelle vous pouvez envoyer le fichier se trouve sur la page d’accueil de mes pages web : http://radama.free.fr/ Elle doit être reconstituée avant d’expédier le courrier, à cause des spams !
    Cordialement.

    Claude

  • François Morand

    Bonjour,
    C’est avec plaisir que je suis régulièrement vos commentaires et reflexions.
    J’aime beaucoup Émile Jaques-Dalcroze qui a écrit de si belles chansons (pas seulement celles pour les enfants…) restées dans les cœurs des Suisses romands.
    J’ai un exemplaire du “Jeu du Chemin de fer” que j’ai numérisé pour vous l’envoyer, mais je ne sais pas à quelle adresse.
    Si cela vous intéresse.
    Bien cordialement.

    François.