24 mai 2012

Un homme simple

Les premières journées  de François Hollande président de la République ont été celles de l’« homme normal » qu’il est. Pas de nouba bling bling avec des amis friqués dans un restaurant branché de la capitale le soir de sa victoire ; pas d’annonce de retraite et de méditation dans un monastère mais immédiate première rencontre avec le chef du gouvernement allemand et, dans la foulée  avec le chef de l’état le plus puissant de la planète,  sans tape amicale sur l’épaule de ses interlocuteurs ; bref des rapports d’adulte bien dans sa peau, ce qui devrait aller de soi quand on brigue ce poste.

Lorsque la Gauche revient au pouvoir, les électeurs qui l’ont soutenue pensent, sans doute naïvement,  que les membres du gouvernement seront irréprochables. Ces derniers y ont d’ailleurs été invités par le premier ministre.  L’opposition n’a pas attendu longtemps pour passer à l’offensive en se gaussant d’emblée du « jean » que portait Cécile Duflot lors du premier conseil des ministres. Quelle horreur !  Quel manque de respect pour la fonction, ont sans doute déclaré les habitués du Café du commerce devant leur apéro favori. Bon,  Cécile Duflot devrait savoir qu’il faut compter avec ces gens là ; ceux qui jugent sur la mise (et  le discours) mais qui oublient que l’habit ne fait pas le moine. Elle doit aussi savoir, comme les autres membres du gouvernement, que le Canard enchaîné lui même ne leur accordera aucun état de grâce. Il joue son rôle de gardien de la vertu politique mais il est agaçant de voir que, malgré ses prises de position peu favorables à la Droite, le palmipède utilise le même argumentaire sans nuances lorsqu’il tire sur la Gauche. C’est de bonne guerre.

Homme simple, Barack Obama l’est aussi. Accueillant François  Hollande arrivé au G8 en costume  cravate, il lui a fait remarquer que la réunion n’exigeait pas cet ornement…  La première prise de contact des deux chefs d’état a été pour moi l’occasion d’exhumer un petit texte assez approprié. Il s’agit d’un bref récit imaginaire s’appuyant sur la réalité d’une époque : le début du 20e siècle,  à Paris. Suzette (1) visite la capitale ; elle est dans un omnibus avec une certaine Madame Villette  dont elle vient de faire la connaissance.  Le véhicule roule dans le Faubourg Saint-Honoré et arrive au niveau de l’Élysée. Une voiture découverte sort de la cour ; les sentinelles présentent les armes.  - Le président ! Le président ! (C’est lui). Suzette dit alors : « Mais il a l’air aussi simple que papa »! Une voix lui répond en écho : «  Pourquoi mademoiselle, un président de la république ne serait-il pas simple, je vous prie ? Le voudriez-vous avec des yeux insolents et un grand plumet à son chapeau ? Nos présidents des États-Unis depuis Washington se sont montrés simples aussi, comme votre papa et comme moi »… La conversation s’engage et l’interlocuteur vante  le système scolaire américain, les nombreuses écoles de  l’état de New York où il réside,  leur gratuité,  les millions dépensés pour elles, sachant que « les écoles seules font les nations fortes et les peuples libres, comme l’ignorance fait les esclaves ». Il ajoute que les Américains, en reconnaissance de ce qu’ils leur doivent, lèguent volontiers une partie de leurs biens aux écoles qui les ont formés. (On ne mettait pas son argent en Suisse en ces temps paradisiaques?) Il s’offusque enfin d’un article qu’il a trouvé dans un journal : un Français s’adressant aux paysans  écrit  que « la France dépense trop pour ses écoles ! » Il commente : « Mais où veut-il, qu’elle place mieux son argent »?

Ce  dialogue à vocation pédagogique est une critique implicite des moyens alloués à l’enseignement en France en 1910 et de la méfiance populiste envers l’institution  scolaire. Transposé en ce début du 21e siècle, il ne détonne pas  car l’action du président nouvellement élu et de son premier gouvernement est  proche de  cet esprit  américain de l’époque et à l’opposé de ce qui a été fait (défait) pendant cinq an. Les mêmes qui dénoncent aujourd’hui les créations de postes dans l’enseignement sont ceux qui  ont démantelé une partie des structures éducatives qui avaient pourtant fait leurs preuves: volonté de supprimer les RASED dans le primaire, affaiblissement du rôle des IUFM dans le supérieur,  pour ne citer que ces deux exemples.

Fête donnée en l’honneur du Shah de Perse dans les jardins de l’Élysée en 1873

Fête donnée en l’honneur du Shah de Perse dans les jardins de l’Élysée en 1873

1. Suzette, livre de lecture courante à l’usage des jeunes filles : morale, leçons de choses, économie domestique, ménage, cuisine, couture / par Mme Marie Robert Halt,…41e tirage. – Paris : P. Delaplane, 1909.

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