2 juillet 2008

France musique : ça valse !

La presse nous tient au courant du jeu de chaises musicales qui se déroule actuellement sur les chaînes de télévision. On aimerait qu’elle se soucie autant de ces producteurs d’émissions de France Musique dont on apprend presque par hasard qu’on ne les retrouvera pas à la rentrée. Il ne faut pas s’étonner de ces « remerciements en catimini » à l’occasion des vacances d’été et de surcroît à une époque où un président de la république se permet de démanteler la télévision publique. Un producteur d’émission de radio consacrée à la musique n’a malheureusement pas la même aura que les ténors, ou les sopranos,  figures très médiatiques du petit écran, même si tous ne trouvent pas grâce auprès des critiques spécialisés (Laurence Ferrari « un sourire de mauvaise marchande de voitures » dixit Philippe Vecchi dans le Nouvel Obs du 28/06 au 4/07).

J’aurais dû me réjouir de voir qu’un nouveau changement de cap survenait sur cette radio, moi qui ai plusieurs fois fait part dans ce blog de mon agacement à l’écoute de certaines émissions musicales, en particulier quand le discours sur ou autour de la musique prenait le pas sur la musique elle-même. Mais lorsque je constate que ce ne sont pas nécessairement les producteurs de ce genre d’émissions dont on annonce le départ, je m’interroge sur les choix qui ont présidé à une décision qui me semble relever de l’arbitraire. On peut néanmoins espérer que le choix d’arrêter telle ou telle émission n’est pas le fait du prince et s’appuie sur un audit objectif si ce n’est l’âge canonique de la retraite des virés. Si audit il y a eu, les producteurs bavards ont été dans le collimateur. Se retrouve ainsi dans la charrette des condamnés une figure emblématique de l’histoire du jazz : Alain Gerber. Il racontait cette musique comme un roman, avec bien souvent l’effet soporifique qu’ont les romans qui n’en finissent pas. Il semble que le jazz ne soit plus en odeur de sainteté. On le regrette mais on ne se plaindra pas trop de ne plus entendre le fruit des recherches sonores auxquelles s’adonnent beaucoup de musiciens actuels ! Elles sont vraiment trop éloignées de l’essence d’une musique théoriquement indissociable du swing. Espérons qu’apparaîtra enfin une émission présentant avec sobriété et sans discours d’experts les concerts ou les enregistrements de studio d’avant l’arrivée du free jazz !

Le musicien enragé

Le musicien enragé (1835).
D’après une gravure de Hogarth (1741), basée sur la propre toile du maître

On ne peut pas taxer de bavardage l’excellent Georges Boyer. On lui demande quand même de partir. Son Choisissez le programme était pourtant un bon indicateur de l’audimat puisque cette émission reflétait les goûts éclectiques des auditeurs. En annonçant qu’il ne reviendra pas à la rentrée, G. Boyer a exprimé ses regrets de devoir arrêter, lui qui aurait bien aimé continuer encore quelques temps de partager ces moments de musique avec les auditeurs. Ces derniers sont certainement nombreux à regretter ce départ injustifié. A l’inverse, ils ne seront peut-être que quelques disciples à regretter celui annoncé de Dominique Jameux, archétype de l’empêcheur d’écouter la musique en rond. Sa logorrhée très savante avait pourtant diminué d’intensité lorsqu’il est passé de sa précédente émission (le fauteuil de Monsieur Dimanche) à ses histoires de musique. Elles seront certainement plus à leur place dans les excellents livres auxquels il aura tout le loisir de se consacrer désormais.

Les spécialistes du verbiage institutionnalisé sous le label de France Musique ne sont cependant pas tous visés. Jean-Michel Damian, fort marri d’avoir perdu en début d’année son émission du dimanche après-midi, a reconstitué dans la soirée du même jour le salon où il aime causer, ricaner et parler de lui quand ce n’est pas de sa Grand’mère. Il avait évoqué cette dernière dans sa toute première apparition sur les ondes, il y a de cela plusieurs années et ce détail m’avait frappé. Aujourd’hui, comme un vieux beau, il préfère complimenter les jolies musiciennes qu’il reçoit en feignant (par coquetterie) de s’excuser de mal prononcer leur nom (par exemple Marion Ralincourt ce dimanche dernier). Dans le style Marie Chantal, Emmanuelle Gaume n’a rien à envier au précédent mais dans un autre registre. Le ton chichiteux, très radio périphérique, qu’elle donne à ses entretiens conviendrait fort bien à Radio Classique mais c’est dans doute pour cette raison qu’elle a été engagée sur France musique. Il faut bien introduire une dose de « people » pour attirer les auditeurs qui ne sont pas des bobos. J’en ai presque fini avec les critiques et ne ferai d’ailleurs pas un inventaire complet. Je regrette que les producteurs qui sont aussi musiciens ne parlent pas de musique avec la sobriété d’un Frédéric Lodéon. Lui ne donne jamais l’impression de nous faire participer à un cours du CNSM, à la différence d’un Philippe Cassard…

Cours magistral

L’enthousiasme des uns et des autres est communicatif. Il concourt à rendre vivante une station sur laquelle l’envie de zapper n’est pas fréquente On aime les rires incoercibles de Martine Kaufmann, les critiques à fleuret moucheté de Lionel Esparza ; les parcours érudits dans lesquels nous entraîne François-Xavier Szymczak ; les trouvailles de Benoît Duteurtre, même si certains de ses choix me semblent un peu ringards. Il faudrait citer encore Arnaud Merlin, Marc Dumont qui font partie de celles et de ceux dont on se réjouit à l’avance d’écouter leur émission. Je citerai encore Gaëlle Le Gallic, toujours chaleureuse avec les jeunes musiciens qu’elle reçoit ; Stephane Goldet qui fait passer de si belles musiques sacrées qu’on lui pardonne de faire aussi passer ses commentaires érudits à la limite du prosélytisme. Le mécréant que je suis trouve qu’ils la rendent digne de travailler à Radio Vatican…

J’ai lu quelque part qu’une dizaine de producteurs allaient en définitive disparaître de la grille de France Musique à la rentrée. C’est beaucoup. Je n’ai pas vu la liste complète des noms mais j’ai retenu que l’émission de François Dru spécialiste des fanfares disparaissait elle aussi. Quelle erreur ! France Musique s’est appelée un temps « France Musiques Au lieu de restreindre la dimension plurielle de la musique, il faudrait au contraire la renforcer. Les musiques du monde, diffusées dans une émission comme celle de Françoise Degeorges par exemple, ne sont pas assez représentées…Amen.

Le massacre des Huguenots

- Ce doit être un catholique convaincu !
- Pourquoi donc ?
- Parce qu’il massacre les « Huguenots »
Dessin de Jean-Jacques Roussau (1886-1948)

Moins célèbre que son  presque homonyme, Jean-Jacques Roussau a commencé à dessiner à l’âge de 5 ans au désespoir de ses parents qui voulaient en faire un industriel ». A collaboré notamment au Rire, au Matin, à Rustica et à de nombreux almanachs dont l’Almanach François d’où est extrait ce dessin (1927) et l’Almanach du combattant (1924) d’où est tirée une partie de ces informations. Il a également fondé le Dernier bateau, un journal du front dont 13 numéros ont paru de septembre 1915 à octobre 1917. Il fut aussi illustrateur (fables de Florian notamment). Voir d’autres œuvres ici.

3 commentaires à France musique : ça valse !

  • admin

    J’utilise le terme de swing dans son acception de « courant rythmique » qui caractérise le jazz et non par référence à l’école classique du même nom dont les célèbres chefs de file furent Roy Eldrige, Teddy Wilson, Count Basie, entre autres. Ella Fitzgerald résume assez bien cette idée : « Le jazz, euh – enfin – euh – c’est ça (elle claque des doigts), c’est le beat, le swing ». (cité par André Francis. Le jazz). Quant aux errements cacophoniques et intellectuels du jazz, ils rejoignent ceux de la musique “occidentale”. Ils ne me procurent que trop rarement du plaisir. Ce qui n’est un comble pour un art dont la finalité devrait être d’en donner.

  • Wanda

    Quels beaux costards pour l’été ont reçu ces producteurs de France Musique ! Sinon, je mettrai un bémol sur cette vision d’un Jazz cantonné au swing, n’oublions pas l’héritage du blues et si cette musique erre, elle n’en rend que mieux hommage au peuple d’où elle provient. wanda

  • D’accord pour l’arbitraire. Hélas ce n’est pas fini….