3 décembre 2007

« La petite musique de l'ennui »

Télérama nous a habitués à ses jeux de mots faciles… « La petite musique de l’ennui », expression déjà utilisée par François Buot dans la biographie d’Hervé Guibert, se trouvait récemment sous la plume de Véronique Brocard la bien nommée qui ne cite pas ses sources. Elle commentait avec une ironie non dissimulée la baisse d’audience tragique de France musique (Télérama n. 3013 du 13 au 19/10/07). J’aurais bien voulu lui dire immédiatement « Touche pas à mon poste » mais ce jeu de mots là est trop éculé pour le servir encore et puis de nombreux lecteurs de l’hebdomadaire se sont empressés de prendre la défense d’une radio qui n’avait pas besoin de ce coup de pied de l’âne.

Je le fais à mon tour en reconnaissant que je ne me suis moi-même pas privé de critiquer France musique! Mais ma cible était circonscrite ; je visais les bavardages encore un peu trop fréquents (le plus gros défaut de cette radio), son entrée dans la course à l’audimat mais aussi le ton publicitaire sirupeux qui a avait été introduit subrepticement il y a quelques temps. Il est plus discret depuis la mise en place de la nouvelle grille des programmes. Celle-ci est toujours aussi riche et variée ; sauf à se couper des sombres réalités du monde en vivant dans une bulle, il est quasiment impossible d’écouter l’ensemble des émissions et donc de décréter que cette radio est mauvaise. Il n’empêche que si son audience continue de baisser, ce n’est pas en s’inspirant de Radio classique que son directeur la fera remonter. Sans doute augmentera-t-il le nombre des amateurs de fond sonore, certainement pas celui des « vrais » amateurs de musique.

Ces derniers sont certainement nombreux, affligés de découvrir que les retransmissions de concerts se négocient comme celles de vulgaires matchs de football. Si France musique, radio publique, ne dispose pas des budgets lui permettant de rivaliser avec Radio classique pour couvrir les grands festivals (comme celui d’Aix-en-Provence en 2006 - Le Monde du 3/07/06), il existe suffisamment d’autres manifestations non moins prestigieuses et d’une-qualité-propre-à-satisfaire-les-auditeurs-les-plus-exigeants. Ces derniers sont de moins en moins nombreux partout en France ; moins de 100.000 à Paris petite couronne selon le sondage de Médiamétrie pour la période d’avril à juin 2007, soit moins d’un point d’audience. Ce qui a valu à France musique de ne pas apparaître dans les résultats « pour la première fois de son histoire ». Ses auditeurs n’existent pas pour cet institut de sondage !

Même s’ils ne représentent que 1,1 point d’audimat, les auditeurs hexagonaux (716.000 en moyenne en septembre octobre) restent accrochés à des émissions vivantes dont le ton « vieillot » ou « doctoral » qu’on leur prête n’est pas toujours synonyme d’ennui. Ces mélomanes décrocheront peut-être le jour ou France musique engagera des chroniqueurs sportifs pour commenter la «montée en puissance » de Pacific 231, ou pour expliquer comment tel chef a « tiré son épingle du jeu » tandis que le chanteur négociait un virage difficile au 4e acte d’ Oedipe sur la route. La personnalité et la culture des animateurs des émissions que j’écoute régulièrement sont très diverses. Je ne peux leur faire grief de parler de ce qu’ils connaissent si bien. Il suffirait que certains d’entre eux laissent un peu plus la parole à la musique. Je tenterai d’esquisser les portraits qu’ils m’inspirent dans une autre note.

audience de France-musique en 2007

France musique - taux d'audience (2007)

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