15 avril 2009

L’amour en fuite


Trois jours d’absence et me voilà pris de court pour respecter mon rendez-vous du mercredi. J’avoue m’être laissé piéger avec une certaine complaisance. Moi qui ai toujours mal supporté les contraintes, devrai-je continuer indéfiniment à m’astreindre à cette discipline quasiment obsessionnelle de la note hebdomadaire ?
Une heure avant l’échéance, je tente quand même le coup en essayant d’évoquer le temps qui passe et, pour ce faire, en m’appuyant une fois de plus sur les idées que d’autres ont exprimées avant moi : Alfred Delvau et Xavier de Maistre. J’évoquais le premier dans une précédente note. Le second garde ses admirateurs. En lisant la biographie d’Alfred Delvau, j’ai retenu de lui une phrase insolite mais pleine de bon sens qui me servira de point de départ pour la réflexion d’aujourd’hui « A mesure qu’on vieillit, on devrait s’éloigner des lieux où l’on a vécu ou se condamner à ne plus sortir de chez soi ; car, à chaque pas qu’on fait dans la rue, on s’expose à heurter un tesson de souvenir ».

« Un tesson de souvenir ». En faisant cette association d’idées l’auteur pensait-il aux pots cassés qui auraient jalonné le cours de sa vie ? Ne plus sortir de chez soi évite aussi de recevoir des tuiles sur la tête mais n’empêche pas de se souvenir et si je dois encore exprimer quelques regrets sur le temps qui s’enfuit, je préfère la déclaration du grand spécialiste du voyage entre quatre murs qui écrit : « J’ai observé dans le cours de ma vie, que lorsque j’étais amoureux suivant la méthode ordinaire, mes sensations ne répondaient jamais à mes espérances, et que mon imagination se voyait déjouée dans tous ses plans. » Il ajoute : « « Quel reproche, en effet, pourrait-on faire à un homme qui se trouverait pourvu d’un cœur assez énergique pour aimer toutes les femmes aimables de l’univers ? ». (X. de Maistre. Expédition nocturne autour de ma chambre).

Cette impression est encore plus prononcée avec l’âge : on ne se résoud pas facilement à l’idée que ne surviendront plus ces moments d’émotion où le sentiment amoureux se déclare… Mais laissons parler une poétesse fleur bleue qui décrit si bien une situation vieille comme le monde :

Secrète sympathie

Chacun de nous va son chemin
Et nous nous connaissons à peine.
Ainsi sa chère main,
N’effleurera jamais la mienne.

Et pourtant son cœur et mon cœur
Visiblement battent ensemble.
le même sentiment vainqueur
Fait que lorsque je tremble il tremble.

Mes yeux brûlants cherchent ses yeux…
Je me dis tout bas (ô folie!)
“Comme il est beau!” Lui, tout joyeux
Se dit alors : “Quelle est jolie!”

Et voilà tout. Et nous passons,
Indifférents en apparence,
Tandis que, des mêmes frissons,
Nait en nous la même souffrance…

Chacun des deux, au fond de soi,
Sent que sa tendresse est connue;
Mais chacun se fait une loi
De la plus stricte retenue…

Et nous suivons notre chemin,
Semblant nous remarquer à peine…
- Je partirai sans que sa main
Hélas! ait effleuré la mienne!…

Andréa Lex

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