1 avril 2009

Quelques-uns des fondateurs de l’AEOM en 1934…

Les événements qui surviennent actuellement à Madagascar m’incitent, encore une fois et ce ne sera pas la dernière, à me tourner vers le passé. En m’appuyant sur une photo anonyme et mal légendée découverte sur le web il y a quelques années et qui y a figuré longtemps, j’évoquerai quelques uns de ces Malgaches qui ont milité pour l’indépendance de leur pays et qui, face à l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui, doivent se retourner dans leur tombe (sans l’entremise d’un famadihana !).

Quatre des fondateurs de l'Association des étudiants d'origine malgache.

Quatre des fondateurs de l'Association des étudiants d'origine malgache (version erronée).

Cette photo de groupe représente quatre de ces militants. L’absence de légende empêche de savoir dans quel contexte le cliché a été pris mais je dispose, comme on va le voir tout de suite,  des éléments permettant de le préciser et de révéler qui sont, outre le personnage qui est honoré et mal identifié, les trois autres. On les retrouve sur la photo ci-dessous, ce   qui permet ainsi une comparaison avec la première.

Quatre des fondateurs de l’AEOM en 1934 ;	 de gauche à droite : Harison Razanajao, Albert Rakoto Ratsimamanga, Félix Andriamanana, Pierre Razafy Andriamihaingo

Quatre des fondateurs de l’AEOM en 1934 ; de gauche à droite : Harison Razanajao, Albert Rakoto Ratsimamanga, Félix Andriamanana, Pierre Razafy Andriamihaingo

Il s’agit de quatre des fondateurs de l’AEOM réunis à l’occasion de la première sortie champêtre organisée en 1934, année de création de l’Association des Étudiants d’Origine Malgache. Cette première assemblée, comme les suivantes semble-t-il, se déroulait dans le village de Frédéric-Fontaine (Haute-Saône) ; elle a marqué ses participants au point d’en faire dans certaine famille, la mienne notamment, une histoire frisant la légende…

Ces photos historiques sont remarquables pour plusieurs raisons et pas seulement à cause de la fière allure de ces quatre jeunes Malgaches drapés dans leur lamba. On remarque immédiatement les différences existant entre les deux clichés; le cadre de la prise de vue n’est pas le même; les jeunes gens ont changé de pose et les deux personnages qui figurent à droite ont interverti leur place… Sur les deux clichés,  figure,  à la même place,  l’ un de ceux dont l’histoire et la science ont gardé le souvenir: Albert Rakoto Ratsimamanga, médecin et chercheur scientifique de renommée internationale mais qui fut aussi le premier ambassadeur de Madagascar nommé en France à l’indépendance de son pays (1960).

La première photo,  choisie pour illustrer un article consacré à cette personnalité qu’on disait modeste malgré ses origines princières,  contient une erreur, de taille et c’est la troisième particularité de ce cliché : un cercle entourant la tête d’un des personnages est censé désigner le descendant de la monarchie merina mais ce marqueur  se trouve en fait autour de celle d’un autre, en l’occurrence Pierre Razafy Andriamihaingo,  andriana lui-aussi, dont les ancêtres ont servi sous cette monarchie et qui lui-même se mettra au service de la première république malgache.

Le troisième personnage présent sur la photo, Félix Andriamanana, était médecin. A. R. Ratsimamanga a dit de lui « ce médecin a été la cheville ouvrière de cette première association ». Il disparaîtra quelques années plus tard ; on lui doit un texte remarqué en son temps sur le problème démographique à Madagascar (1939). Une rue d’Antananarivo porte aujourd’hui son nom. Dernière particularité de cette photo, et non des moindres, le quatrième personnage n’est autre que mon propre père Harison Razanajao…

Le web est ainsi fait : on y découvre des informations nous concernant, des dessins - j’en ai déjà parlé -, des références bibliographiques perdues ou dont j’avais oublié l’existence mais aussi un texte écrit à titre privé et qu’un correspondant a inclus dans un livre dont des extraits sont mis en ligne, cette photo enfin qui … semble avoir disparu depuis mais que j’avais eu la présence d’esprit d’enregistrer pour la commenter un jour; c’est chose faite aujourd’hui, ce qui m’a permis aussi de faire sortir de l’anonymat celui qui est souvent resté dans l’ombre mais qui n’en fut pas moins un des cofondateurs de l’AEOM.

H. Razanajao en était le trésorier en 1936. J’ignore s’il eut d’autres fonctions au sein de l’association mais en faisant appel à mes souvenirs d’enfance de l’après-guerre, comme je l’ai déjà écrit dans un article de Madagascar Magazine illustré avec cette photo (n. 24, déc. 2001), je peux rappeler quelques faits. Dans les années qui ont suivi les « événements de 1947 », le logement familial de la proche banlieue de Paris, près du bois de Vincennes, semble avoir été un foyer d’action politique et culturelle militante à travers les réunions animées du dimanche après-midi. La ferveur pour l’indépendance n’avait pas diminué même si cela devait se faire dans la discrétion. Je ne sais combien de fois ce thème a été abordé lors de ces réunions dominicales mais il fut un temps, avant d’avoir atteint l’âge de raison, où j’ai même cru voir en mon père un dangereux révolutionnaire ! Revendiquée dans le cadre de mouvements politiques durs ou d’associations moins offensives, l’indépendance semble avoir été le vœu le plus cher de tous ces Malgaches encore jeunes et pleins d’espoir. L’indépendance est acquise depuis un demi-siècle mais Madagascar cherche toujours sa voie.

J’aurai l’occasion de revenir sur ces étudiants malgaches en présentant ultérieurement une autre photo sur laquelle les fondateurs de l’AEOM se trouvent, sinon au complet, en plus grand nombre. Pour l’heure, la comparaison de deux  clichés similaires m’a donné enfin l’occasion d’identifier correctement tous les membres de ce petit groupe  et de rendre hommage à un cher disparu.

L'église de Fréderic-Fontaine (Haute-Saône)

L'église de Frédéric-Fontaine vers 1934

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