5 octobre 2011

Des gènes qui dérangent

Un internaute lecteur habituel de mon blog, il signe Frédéric, a eu besoin de réagir à l’introduction de mon billet du 27 juillet dernier dans laquelle j’évoquais les ascendances viking d’Anders Behring Breivik, tant, écrit-il, « les allusions à la génétique dont [je] pare le déterminisme du meurtrier en série norvégien relèvent plus des dérapages verbaux du président Sarkozy que de [mon] habituel sens de la pondération et de la réflexion. » Ce correspondant a raison et mon tort est de ne pas avoir mis la phrase en question entre guillemets - comme j’y avais pensé - pour qu’elle ne soit pas prise au premier degré. Ce que ce lecteur a fait. Il ne connait pas mes idées sur l’héritage social des individus mais je sais bien, comme il l’explique ensuite, que « les gènes n’ont rien à voir avec l’histoire! » et qu’ « on ne peut imputer l’extrême violence d’un individu à la barbarie de ses ancêtres. Simplement, il faut accepter la part de haine qui bouillonne dans notre inconscient et qu’heureusement le refoulement permet de museler par tous les procédés de sublimation, dérivation, etc. qui constituent le socle de la sociabilité. »

Ce discours plein de vérité ne touche que les convaincus. La part de haine qui bouillonne dans l’inconscient des déviants sociaux auxquels je faisais aussi allusion au début du billet de juillet n’est malheureusement pas muselée, notamment chez les tenants d’un ordre européen et blanc qui étalent sans vergogne leur haine des Noirs sur le Web, dans les livres et les journaux.

Des Noirs qu'on abat

« Il eût certainement été tué si un sergent de la légion ne se fût jeté dans la mêlée révolver au poing ». Gravure d’Edouard Zier

Barack Obama a fait l’objet d’un nombre impressionnant de menaces de mort de la part de néonazis américains mais les nazillons qui sévissent en Europe tiendraient le même discours s’ils le pouvaient. Leurs propos racistes sont plus feutrés mais pas moins inquiétants. On a inventé l’idée du « péril jaune » à la fin du 19e siècle ; lorsqu’on se penche sur l’histoire du monde moderne, on s’aperçoit que nombre de peuples colonisés ont eu à souffrir d’un « péril blanc » sous toutes les latitudes. Il a commencé avec l’arrivée des conquistadors espagnols en Amérique mais le processus n’est pas terminé au 21e siècle, au plus profond de la forêt amazonienne…Par ailleurs, la forme ultime de la violence - la guerre - est permanente…

Troupes coloniales entrant dans Abomey en flammes

« Nos soldats étaient entrés dans Abomey en flammes ». Gravure d’Edouard Zier

Je suis encore d’accord avec mon correspondant lorsqu’il ajoute : « Nous sommes individuellement les héritiers de tous les humains qui nous ont précédés (quelques dizaines de milliards depuis l’aube de notre espèce), parmi lesquels on peut compter nombre de salauds, déments, despotes, sadiques, trafiquants, bandits, mais aussi un nombre considérable de justes qui devraient équilibrer la balance! » J’admire sa foi en l’humanité mais je pense que l’équilibre dont il rêve, l’homme le recherche depuis l’origine mais ne l’a pas encore trouvé. Sans doute faut-il que je lise au plus vite, comme ce correspondant m’y invite et je l’en remercie, le dernier livre d’Yves Coppens: Pré-textes, l’homme préhistorique en morceaux (1), ouvrage qui, conclut-il, « avec une pédagogie lumineuse, redonne espoir en l’espèce humaine ».

Police noire en Australie (19e siècle)

La police noire en Australie. Une éxécution

Cliquer sur l’image, comme sur les précédentes,  pour voir sa source et les circonstances des massacres en Australie.

5 octobre 2011 | Tags: , , , , , | Categorie(s):colonisation, psychologie, sociologie, société

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