31 août 2011

« De l'antique musique malgache il ne reste rien »

Les lectures successives de « La fille de l’Ile rouge », sujet abordé la semaine dernière, et du « Dossier H », roman d’Ismaïl Kadaré découvert cette semaine, m’ont amené a réfléchir aux origines de la musique malgache. Pourquoi ? Parce que dans le roman de Charles Renel, lors d’une fête donnée par le personnage principal, un des invités dit qu’il ne reste rien de l’antique musique malgache ; dans le roman de Kadaré, dont l’action se situe en 1935, deux chercheurs irlandais de New York essayent de retrouver les sources des poèmes homériques à travers la vieille épopée albanaise chantée par les derniers rhapsodes ambulants parcourant les montagnes du Nord du pays. Les deux chercheurs viennent sur ce terrain équipés d’un des premiers magnétophones et enregistrent les récits des conteurs qui descendent périodiquement dans l’auberge retirée où ils se sont eux-mêmes installés à cette fin.

Le rapprochement entre les deux romans s’est imposé à moi car ces œuvres de fiction exposent chacune des hypothèses scientifiques sur les origines : origine indonésienne de la musique merina ; origine homérique de l’épopée ancienne albanaise. Si le roman de Kadaré est très documenté et disert sur ce dernier sujet, le roman de Renel ne fait que brièvement état des connaissances qu’on avait à l’époque des musiques anciennes de l’Imerina. Mais avaient-elles totalement disparu au début du 20e siècle, comme l’affirme l’un des protagonistes du roman ? Il est permis d’en douter car des musiciens - Sylvestre Randafison par exemple - se sont efforcés depuis de les retrouver et de les restituer.

Il m’a semblé utile pour le lecteur peu au fait de la musique malgache de reproduire quelques passages d’un chapitre décrivant de manière assez objective, quoique avec quelques remarques erronées, ce qui était joué et chanté à Antananarivo au temps de Radama II. L’auteur a francisé tous les noms malgaches : noms de personnes, de lieux ou d’objets. Ainsi le valiha, instrument spécifiquement malgache mais quasiment identique aux cordophones utilisés en Asie du sud-est, est appelé ici « valîh ». Le terme est employé au féminin, comme on le fait aussi aujourd’hui, en concurrence avec le masculin.

« Une troupe de musiciens malgaches, commandés pour la soirée, s’installa dans un coin de la varangue, trois chanteuses, un flûtiste et trois joueurs de valîh. Rien d’européen en cet orchestre, ni violons nouvellement importés, ni mandoline, ni guitare mais une flûte en roseau comme au temps de radama, et les valîh traditionnelles, longues tiges de bambou avec, pour cordes, les fibres soulevées, maintenues par des petits chevalets de bois [...] Ils se concertèrent un moment, puis, sans trop hésiter, entamèrent un air d’autrefois ; c’était une mélodie mélancolique et lointaine, brisée au début par une syncope, et prolongée à la fin en un interminable point d’orgue […]

- C’est l’hymne du roi Radama, populaire autrefois dit Berliet. Combien de fois l’ai-je entendu !

- Est-ce très ancien ?

- Non…De l’antique musique malgache, il ne reste rien, ou bien peu de chose. L’hymne à Radama date des environs de 1860. A cette époque, les missionnaires anglais avaient importé déjà dans l’île beaucoup de musique européenne.

- Voilà pourquoi, s’écria Cosquant,;les Malgaches ont toujours l’air de chanter des cantiques […]

- Je ne suis pas de votre avis, dit Jean Romain. Moi j’entends encore, dans la vraie musique malgache, chanter l’âme des lointains ancêtres, des vieux malais qui, dans les longues pirogues à balancier, sont venus des îles mystérieuses, poussés par les courants propices. Il me semble que les aïeux de la vingtième génération devaient déjà connaître des mélodies analogues à celle-là […] - Oui, continua Romain, ne sentez-vous pas , dans ces airs archaïques, l’écho des sons renvoyés jusqu’à nous des profondeurs de la race ? Ces rythmes brisés sans cesse par des syncopes, n’ont rien d’européen. A l’origine, ils devaient accompagner des danses étranges, où les pieds rapides frappainent fortement la mesure, tandis que les corps gardaient l’immobilité, l’impassibilité hiératique et que les mains, comme dans les danses javanaises, se mouvaient en ondulations rituelles […]

- Si vous entendez jamais jouer cet air dans une fête, devant une foule malgache, regardez ! Vous verrez les vieux hommes bronzés à chevelure plate, les vrais Imériniens, frémir d’un enthousiasme contenu, et dans leurs yeux nostalgiques, l’orgueil des splendeurs passés de la race !” […]

Introduit une éniemme fois à ce moment du débat, le mot race – dont l’emploi est si fréquent dans le roman de Charles Renel – la conversation aborde alors le sujet, toujours aussi controversé de nos jours, de l’origine des Malgaches….Pour découvrir la suite, je renvoie à ce livre qui est maintenant numérisé

Joueur de valiha

"vieillard indigène jouant du valiha". Tananarive

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