18 mars 2009

L’ approprié, té, c'est le vol !

La célèbre sentence de Proudhon reformulée ici avec un accent du sud est souvent citée hors de son contexte. Elle sous-entend qu’est voleur celui dont la richesse est le fruit du travail des autres. Je serais tenté de replacer cette sentence dans le contexte malgache où se répète en ce moment l’histoire du calife qui a pris la place du calife. Je ne veux cependant pas faire maintenant un procès d’intention au jeune prétendant à une couronne de transition qu’on lui souhaite sans épines ; j’attends de voir comment va évoluer cette prise de pouvoir qui ressemble fort à un coup d’état. Après un président ancien disc jockey, un nouveau candidat videur de boite? Si l’on inverse la proposition de Proudhon, elle trouve aussi son application sur le Web car avec son contenu immatériel il donne la possibilité au web master qui ne respecte pas la nétiquette de se donner, selon la formulation du philosophe, « le droit de jouir et de disposer à son gré du fruit du travail d’autrui. Ce sera de nouveau le sujet de mes réflexions terre à terre du jour.

Mutualisation des ressources des universités. Ce dessin n'a rien à voir avec le sujet du jour mais voir plus bas...

Mutualisation des ressources des universites...Ce dessin n'a rien à voir avec le sujet du jour mais voir plus loin

Malgré les précautions d’usage (mention de copyright, avis, avertissements en tous genres et barrières diverses) mises sur les sites web pour prévenir le copieur malhonnête, rien n’empêche ce dernier de piquer des documents ici et là et de les coller sur ses propres pages, en suivant l’adage « ni vu, ni connu » ou « pas vu pas pris ». Qui plus est, les logiciels de créations de blogs proposent même « une petit application qui se lance dans votre navigateur, et vous permet de récupérer des portions du Web pour les bloguer » ; faire son marché, en quelque sorte, en puisant dans la masse énorme des documents présents sur le web et incorporer des morceaux choisis dans un article sans obligation formelle de citer les sources. Les lois qui prévoient d’encadrer plus strictement les téléchargements illicites de musique ou de films montre bien l’ampleur du problème quand des intérêts commerciaux importants sont en jeu. L’âge d’or de la piraterie internautique serait-il en passe d’être révolu ?

Age d'or, âge d'or, comme si tous les retraités avaient gagné au Loto!

Age d'or, âge d'or, comme si tous les retraités avaient gagné au Loto!

Cette manière de s’approprier les oeuvres des autres est enfantine car rien n’est plus simple que d’identifier un texte plagié ou des images copiées. Les éditeurs qui pratiquent la veille documentaire ont vite fait de rappeler les droits qu’ils détiennent sur des documents que des contrevenants au droit d’auteur ont piqués ou détournés. L’exemple récent des fausses couvertures de « Martine », la célèbre héroïne de Marcel Marlier – interdites de web par les éditions Castermann – montre qu’on ne peut nuire impunément à l’image de marque d’un personnage fût-il de papier et quand bien même l’intention des plagiaires fût-elle humoristique. Les curieux peuvent encore voir quelques-unes de ces couvertures détournées en les recherchant avec leur moteur de recherche favori…

Pour les particuliers copiés ou plagiés, la démarche pour faire valoir leurs droits est plus compliquée; ils ont peu envie de se lancer dans des procédures car l’enjeu est dérisoire. C’est pourquoi ils laissent assez souvent la possibilité de reproduire leurs œuvres (textes ou dessins) à la condition expresse que la source soit citée. Malgré cette liberté accordée, ils n’ont pas moins la surprise de voir des sites s’approprier ces textes ou ces images sans en indiquer le moins du monde la source et c’est bien agaçant, notamment quand les documents pillés sont vos propres productions ! Écrire aux indélicats ne suffisant pas toujours, un moyen, lui aussi dérisoire, est de réunir ces « emprunts » en rappelant qui en est l’auteur. C’est donc ce que j’ai fait avec les trois dessins réunis ici, présents sur mes pages personnelles mais que l’on trouvait encore récemment sur d’autres sites web sans aucune indication de provenance.

Le fil d'Ariane dans les magasins d'une bibliothèque et sur le Web

Le fil d'Ariane dans les magasins d'une bibliothèque et sur le Web

Détourner l’œuvre d’un artiste à des fins humoristiques. Quel dessinateur ne s’y est pas essayé ? Je l’ai fait quelques fois et encore dernièrement pour répondre à la demande d’une revue professionnelle avec laquelle j’ai gardé des contacts. Le dessin proposé, un montage à partir du personnage bien connu d’Alfred Jarry, semble n’avoir pas eu l’agrément du comité de rédaction de ladite revue qui ne l’a pas retenu pour des raisons que j’ignore…Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, je donne à voir à mes lecteurs habituels cette œuvre détournée. S’ils ne sont pas bibliothécaires, ils ne comprendront peut-être pas trop le sens de ce montage hors du contexte pour lequel il a été réalisé mais, comme le « fil d’Ariane » représenté sur le dessin précédent et que j’ai moi-même remployé, un Père Ubu ainsi revisité peut être compris dans des situations autres que celles du petit monde des bibliothèques et il a pour moi valeur de test.

Père Ubu  'Correspondant autorite'

Père Ubu correspondant autorité

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