28 avril 2008

Coué de neuf ?

Les patronymes d’origine étrangère se prêtent plus facilement que d’autres à la création de sobriquets créés sur la base de jeux de mots en français. Je le sais par expérience. Le nom que porte le président de la république est de ceux-là ; journalistes et auteurs de blogs ne sont pas en peine pour forger des surnoms dont la consonance et l’image qu’ils évoquent sont censées exprimer avec impertinence un aspect pertinent de la personnalité de la « victime ». Un sociologue aurait établi une typologie ; je me contente d’en énumérer quelques-uns. Je les ai classés dans l’ordre alphabétique, faute d’avoir pu le faire dans l’ordre chronologique : Sarkoléon (inspiré du Naboléon également en usage et appliqué auparavant à un autre homme politique ambitieux et de petite taille), Sarkophage, Sarkopithèque, Sarkostard, Sarkozizi, Sharkozy (shark = requin en anglais), Tsar Kozy et ses variantes encore plus réfléchies : Tsar Cosy, Star Cosy ou Starcosy …Cette liste n’est pas limitative ; outre les substantifs et les adjectifs créés selon la même règle de formation du mot (sarkoïdose, sarkophonie, sarkostique), il existe sans doute d’autres constructions moins faciles à repérer parce que plus éloignées du référentiel. Par exemple celle qu’Erik Emptaz a forgée pour intituler son dernier éditorial (Canard enchaîné du 23 avril 2008) : « La méthode sarkoué ». Maître en la matière, le Canard nous avait habitués à mieux mais le terrain a déjà été largement défriché et ce jeu de mots, comme les précédents, suit bien la règle : l’idée exprimée doit refléter une réalité ou supposée telle.

Depuis quelques temps déjà, la presse fait référence à la fameuse Méthode Coué pour qualifier la politique du gouvernement et la propension du président à fixer des objectifs peu réalistes décidés en partie en fonction des réactions du corps social. On sait que cette méthode fait appel à l’autosuggestion mais encore ? Le texte intégral de «La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente » est disponible sur le web. La simple lecture du mode d’emploi proposé par le promoteur de sa méthode en 3e page de couverture de l’édition de 1923 * permet d’en mesurer la portée et les limites :

« Comment il faut pratiquer l’autosuggestion consciente. Tous les matins au réveil, et tous les soirs, aussitôt au lit, fermer les yeux et, sans chercher à fixer son attention sur ce que l’on dit, prononcer avec les lèvres, assez haut pour entendre ses propres paroles et en comptant sur une ficelle munie de vingt nœuds, la phrase suivante: ‘Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ‘. Les mots à tous points de vue s’adressant à tout, il est inutile de se faire des autosuggestions particulières. Faire cette autosuggestion avec confiance, avec foi, avec la certitude d’obtenir ce que l’on désire. Plus la conviction de la personne sera grande, plus grands et plus rapides aussi seront les résultats obtenus. De plus, chaque fois que dans le courant de la journée ou de la nuit, l’on ressent une souffrance physique ou morale, s’affirmer immédiatement à soi-même qu’on n’y contribuera pas consciemment et qu’on va la faire disparaître; puis s’isoler autant que possible, fermer les yeux, et se passant la main sur le front, s’il s’agit de quelque chose de moral, ou sur la partie douloureuse, s’il s’agit de quelque chose de physique, répéter extrêmement vite, avec les lèvres, les mots: « Ça passe, ça passe, etc. » aussi longtemps que cela est nécessaire. Avec un peu d’habitude, la douleur morale ou physique a disparu au bout de 20 à 25 secondes. Recommencer chaque fois qu’il en est besoin.De même que pour l’autosuggestion précédente, il est nécessaire de faire celle-ci avec la même confiance, la même conviction, la même foi, mais d’une façon toute simple, tout enfantine et surtout sans effort. La formule doit être répétée sur le ton employé à l’église pour réciter des litanies ».

La pensée magique n’est pas très loin. On veut bien croire Émile Coué lorsqu’il déclare : «Ce n’est pas la volonté qui nous fait agir mais l’imagination » mais sa « Méthode » n’est peut-être pas une meilleure recette que la « méthode couac » pour assurer la bonne gouvernance d’un pays.

Char cosy

Encore vingt nœuds…et je change de cap!

* « Nouvelle édition – (64e mille) » publiée à compte d’auteur à Nancy. Elle ne figure pas dans les collections de la BNF. Émile Coué (1857-1926) est alors président de la Société lorraine de psychologie appliquée. Intitulé auparavant « De la suggestion et de ses applications », le texte reprend celui d’une conférence itinérante donnée dans de nombreuses villes entre 1912 et 1923, tant en France, qu’en Grande-Bretagne et aux USA.

1 commentaire à Coué de neuf ?

  • Wanda

    Les jeux de mots à partir de ce nom fonctionnent aussi dans
    d’autres langues. Ainsi « Tsar kozy » veut dire en polonais :
    « Tsar de chèvre ». On pourrait éventuellement le transformer
    en « czar kozy », c’est-à-dire « charme, sortilège ou
    enchantement de chèvre » ce qui sonne assez juste dans ce cas
    précis.