17 octobre 2006

Doit-on donner le fouet aux Apaches ?

« Ne devrions-nous pas, en France, employer ce moyen contre les bandits qui jouent du couteau et du révolver et qui ont engagé une lutte ouverte contre la police elle-même ? ». Malgré les apparences, cette question qui semble d’actualité n’a pas été posée par un député après les violences urbaines d’octobre 2006. C’est le titre d’un article paru dans un journal de 1910 («Touche à tout : magazine des magazines») qui enquête auprès de personnalités de l’époque (écrivains, hommes politiques, hommes de théâtre, artistes peintres) pour savoir si l’on doit suivre l’exemple de l’Angleterre qui a éradiqué ses « apaches » grâce à ce moyen pour le moins énergique.

Flagellation publique

Flagellation publique en France au XVIIIe siècle

Les avis sont évidemment très contrastés et plus ou moins argumentés. Certains interviewés voient en la «laïcité imposée à l’enfance» (nous sommes en 1910) la cause évidente de la recrudescence de la criminalité, tandis que d’autres pensent que la prévention doit primer sur la répression. Éternel débat ! Si un Claude Farrère s’avère être un implacable partisan de la cadouille « …Donc tapons. Mais tapons fort. Et pas d’imbéciles indignations si quelques gredins meurent sous le bâton», d’autres écrivains apportent des réponses empreintes d’humanitarisme. Ainsi, à un Henry Bataille déclarant «Je comprends qu’on mette dans le coin les enfants ; je ne comprends pas qu’on les batte. Cette répulsion s’étend pour moi jusqu’au criminel. Mettez-le dans le coin (car la société a et n’a que le droit de supprimer les individus nocifs), mais n’octroyez pas à un bourreau anonyme ou invisible le droit légal de martyriser un homme. Il ne faut pas avilir le châtiment ni dégrader le sentiment de la justice. Un de nos honneurs est qu’il soit éternellement perfectible» répond en écho un Maurice Leblanc qui constate: «Il n’est pas prouvé que le nombre et l’audace des apaches augmentent. Ce qui augmente sûrement, c’est l’importance que les journaux donnent à leurs exploits. D’autre part, je pense que jamais la peur du châtiment – que ce soit le régime cellulaire, ou le fouet, ou même l’échafaud – n’empêchera un dégénéré d’agir selon son instinct. Les mesures répressives ne signifient pas grand chose. Les mesures préventives seules sont efficaces. Fermez neuf cabarets sur dix et, avant dix ans, la criminalité aura diminué de moitié en France. Et ce qu’il y a de plus curieux, c’est que tout le monde est d’accord là-dessus».

Le maître d'école colérique

Le maître d'école colérique

L’histoire ne se répète pas dit-on ; les faits démontreraient-ils le contraire ? Ce dont semble être convaincue une «célèbre» peintre de l’époque, par ailleurs partisan de la punition par le fouet, quand elle répond à l’enquête : «Je ne crois guère aux progrès de la civilisation ; l’homme reste toujours le même au fond, il n’y a que les façons qui changent» (Louise Breslau). Un siècle plus tard, le scepticisme à l’égard de la démarche préventive et humanitaire persiste mais de façon moins affirmée qu’en 1910 semble-t-il… Ce doute quant à la perfectibilité de l’homme sera-t-il confirmé dans 14 ans ?

C’est ce que l’on saura peut-être avec Yahoo qui invite les internautes du monde entier à lui envoyer des messages de toutes sortes décrivant ce à quoi ressemblait le monde en 2006. Ces messages seront conservés dans une capsule enterrée quelque part dans la Silicon Valley ! Yahoo est prudent en choisissant un laps de temps aussi court. Soit il compte être encore là en 2020 pour assister au dépouillement de cette enquête, soit il pense que la terre ne sera plus en état de s’intéresser à ce type de problème si l’on augmente les délais ! Que dire alors de la précédente expérience, dont l’idée semble - soit dit en passant - avoir été copiée sans vergogne par le portail et qui consiste déjà à engranger des messages dans un satellite du nom de Kéo, à l’intention des générations futures ? Toujours en cours, ce projet a été lancé depuis quelques années. Le satellite, quant à lui, devrait être envoyé dans l’espace prochainement. Il est censé pouvoir y rester pendant 50.000 ans ! Qui sait si les « apaches » feront encore la loi dans ces temps improbables…

La justice poursuivant le crime

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