15 juin 2011

Ardeurs solaires

Comme Jean-François Kahn, j’ai envie de laisser tomber mon blog. Non pas à cause d’un dérapage verbal qui me serait reproché, mes lecteurs anonymes se manifestent peu - sauf quant ils pompent mes dessins, voire  ma prose, que je retrouve sans indication de source sur leurs pages web - mais parce que j’ai de temps en temps des éclairs de lucidité quant à l’inanité de cette démarche solitaire. Le journaliste de réflexion et d’investigation se pose aussi la question, lui qui croit changer le monde par ses écrits et qui constate que rien ne bouge ou si lentement. Les journalistes de la presse satirique, moins pessimistes, semblent au contraire avoir un moral à toute épreuve. Leurs coups bien ciblés font mouche et pâlir “sans coup ferryr” les astres qui brillent au firmament de l’intellectualisme bling bling mais, comme d’autres étoiles filantes prennent aussitôt la relève, le champ de tir reste toujours ouvert ; pour le grande satisfaction des lecteurs.

Retour du printempsRetour du printemps

Excusez-moi, mais les premiers beaux jours…ça me porte tout de suite à la poésie (Dessin de Draner)

Une étoile qui n’est pas près de s’éteindre, du moins pas avant quelques milliards d’années selon les calculs des scientifiques, c’est le soleil, source d’énergie et pas seulement parce qu’il favorise les « troussages de domestiques » à chaque retour du printemps. Si Nicolas Sarkozy se gausse d’Angela Merkel qui a décidé l’arrêt du nucléaire en Allemagne, il risque, avec ses centrales auxquelles il tient tant, de se retrouver bientôt comme un avare sur un tas de billets de banques dévalués. A moins qu’on ne découvre un autre moyen pour refroidir ces marmites infernales…Les périodes de sécheresse qui sévissent, et pas seulement en Chine, devraient donner aussi à réfléchir aux décideurs qui ne devraient pas croire que seuls les agriculteurs pâtissent des pénuries récurrentes d’eau.

L’énergie solaire, on n’a pas cru à son avenir quand Augustin Mouchot, pionner en la matière et dont j’ai déjà évoqué les tentatives, proposait de l’utiliser industriellement dans le dernier quart du 19e siècle. Mais l’inventeur « né sous une bonne étoile qui ne lui rapporta pas la fortune », comme je l’écrivais aussi en 1981 (1), ne reçut pas le soutien financier qui lui aurait permis de fabriquer en série le capteur solaire pourtant reçu avec l’enthousiasme du public à l’exposition universelle de 1878 ; le moteur solaire qu’il avait aussi imaginé resta à l’état de projet. Le charbon régnait alors en maître et le pétrole devenait un concurrent sérieux faisant déjà parler de lui.

Générateur solaire de Mouchot

Le grand générateur solaire industriel d’Augustin Mouchot à l'exposition universelle de 1878

Nul n’est prophète en son pays et si la France possède un des deux plus grands fours solaires existant actuellement dans le monde, elle n’a pas su tirer profit de son avance en ce domaine et mettre le même empressement à promouvoir cette technologie qu’elle en a mis pour développer l’industrie nucléaire. Elle n’y croyait pas beaucoup puisqu’elle a arrêté des projets comme Themis. On a rejoué avec le nucléaire la pièce qui s’était jouée au siècle précédent au profit des combustibles d’origine fossile. Sans parler du lobby des exploitants de gaz de schiste qui font maintenant la promotion de ce combustible aux techniques d’exploitation destructrices de l’environnement, fût-il souterrain. Ce sont des vues à court terme, puisque ce gaz, comme les précédents combustibles, n’est pas inépuisable mais quand on peut faire de l’argent rapidement, on ne pense pas au long terme et l’on se fiche de la destruction de la nature, comme le lobby brésilien qui a obtenu encore plus de déboisement de la forêt amazonienne .

Le soleil endossant son meilleur uniforme…Lentille solaire

... pour faire partir les canons qui veulent bien l’honorer de leur confiance. Dessin de Cham (1862)

L’Allemagne est en train de prendre le relais du solaire et quelques longueurs d’avance avec son grand projet de réseau de centrales au Sahara. L’idée d’utiliser ce cadre n’est pas nouvelle puisqu’elle avait déjà fait l’objet d’études en 1943 (2) mais, au-delà de leurs coûts, ces réseaux installés en coopération avec les pays du désert concernés, généreront des retours sur investissements à long terme et durables : retombées économiques, commerciales et politiques. Reste le problème du transport de cette énergie qui, a priori, ne profitera pas directement à l’Allemagne, à moins qu’on n’invente des câbles à haute tension sur le principe des oléoducs… Rendez-vous est pris avec les débuts de la décennie 2020. J’espère être encore de ce monde pour voir où il en sera sur ce point et éventuellement savourer mon plaisir.

1. Informations – Sciences et techniques du Languedoc, n°4, mai-juin 1981.
2.  Boucone (André de). – Les projets de l’exploitation de l’énergie solaire au Sahara. Science et Vie, n. 308, avril 1943.

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