20 avril 2008

Les bibliothécaires ont aussi de l’humour

On ne quitte pas la profession de bibliothécaire en rompant brutalement avec l’habitude de se tenir au courant de l’évolution des techniques de documentation ou de l’apparition de nouveaux outils. Continuer de s’informer est nécessaire quand on est passé de l’autre côté du miroir et qu’on est devenu un utilisateur à part entière, dans une quête permanente de références bibliographiques ou de textes imprimés peu connus (ils sont encore nombreux à ne pas être numérisés, Dieu merci !) Les listes de discussion sont aussi un bon canal pour suivre l’évolution des métiers. Il en existe de très sérieuses qui permettent de débattre des problèmes de recrutement, de concours, de rapports avec la hiérarchie ou les autorités de tutelle. Les échanges sont parfois très animés.

On s’aperçoit aussi que l’ambiance n’est pas toujours d’une grande gaîté mais cela ne date pas d’hier. Serait-ce pour tenter de dérider leurs collègues que des animateurs de sites web, de listes de discussion ou de blogs prennent le parti de traiter les sujets concernant la profession par le biais de l’humour ? Les anglo-saxons avaient une certaine avance sur nous ; je signale depuis bientôt quatre ans quelques-uns de leurs sites dans mes « Récréations graphiques ». Depuis juin dernier, « Melvil Dewey » « Jean Philippe Rameau » (pseud.) comblent le retard avec « Couv.ill.en coul », un blog dont le qualificatif « bibliothéco(no)mique » m’a interpelé. Les animateurs de ce blog non conformiste trouvent que « le monde des bibliothèques est un peu trop sérieux [à leur] goût et s’efforcent donc de recueillir tout ce qui peut provoquer le rire ou inciter à sourire, dans ce domaine. L’appellation insolite du blog donne le ton. Elle ne parle qu’aux personnes connaissant les subtilités du catalogage ; précisons qu’il s’agit de l’abréviation normalisée d’un élément de la description physique (la collation) d’un livre ayant une « couverture illustrée en couleurs »…

Avec une bonne humeur de potache, les animateurs de « Couv.ill.en coul » font la part belle aux vidéos et ils en dénichent beaucoup. Les réactions sont enthousiastes. A travers les commentaires des surfeurs, on perçoit que ces derniers sont jeunes dans la profession, comme les deux blogueurs d’ailleurs. Certaines intervenantes (les femmes sont plus nombreuses que les hommes à se manifester) font part des contraintes ou des contrariétés subies dans le milieu. Le blog de Melvil Dewey et Jean Philippe Rameau est donc reçu comme, j’allais écrire un vrai « blog d’air », mais le jeu de mots a déjà été fait.« Jadis », quand Internet n’existait pas encore, les messages professionnels se voulant « amusants » passaient par l’intermédiaire des revues professionnelles qui voulaient bien les publier. Le lectorat n’était pas aussi large qu’aujourd’hui car, dans bien des établissements, ces revues ne passaient pas entre toutes les mains ; les personnes attachées à des services où l’on n’a pas le temps de souffler devraient comprendre ce que je veux dire. Saluons donc ce blog qui fait sourire ici mais peut-être aussi grincer des dents ailleurs, en particulier dans ces secteurs où l’on ne rigole pas pendant les heures de service.

Le concept de « collation » m’a rappelé un souvenir professionnel déjà lointain. Dans les années 80, j’ai côtoyé un conservateur de bibliothèque universitaire rédacteur de notices catalographiques modèles. Ses collations en particulier étaient d’une rigoureuse précision. Cataloguant les thèses françaises soutenues dans l’université de tutelle, il a sans doute rarement eu l’occasion d’utiliser le fameux « couv. ill. en coul. » (les couvertures des thèses sont normalisées et uniformes). Bref, avant d’indiquer le nombre de pages des documents qu’il traitait, il les comptait scrupuleusement, une à une, pour vérifier qu’il n’en manquait pas! Chaque thèse, de véritables pavés parfois, faisait l’objet d’un tel comptage et l’opération pouvait durer…un certain temps. Comme chacun sait, les bibliothécaires ne sont pas payés au rendement et à cette époque les bibliothèques universitaires n’étaient pas encore pilotées selon le principe du « tableau de bord »…

tract exposition Cebral 1985

tract exposition Cebral 1985

(à suivre)

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