11 mars 2009

Du TGV au TVC

Partagé entre l’envie de parler de « TGV » (le candidat fonceur à l’assaut de la présidence malgache) et de continuer sur ma lancée en parlant réellement de trains, je choisis la deuxième option. Je préfère en effet renvoyer sur les textes de commentateurs bien au fait des affaires de Madagascar du moment ; ainsi cette note d’un blogueur qui pose la question de savoir si Andry Rajoelina déraille

Je reviens donc aux chemins de fer car je n’avais pas terminé sur ce sujet qui me tient à coeur. Comment expliquer la passion qu’ont certaines personnes (les hommes le plus souvent) pour ce moyen de transport et les locomotives à vapeur en particulier? La réponse doit être cherchée du côté de leur enfance et du rapport particulier qu’ont eu ces personnes, nées avant ou pendant la dernière guerre, avec ce moyen de locomotion, dans l’atmosphère caractéristique qui l’entourait.. Ces nostalgiques restent imprégnés du souvenir de ces monstres bruyants et fumants dont le principe de fonctionnement était resté le même cent cinquante ans après son invention.

Concours de locomotives organisé par la compagnie de Liverpool à Manchester (1829)

Concours de locomotives organisé par la compagnie de Liverpool à Manchester (1829)

Aussi imposantes et magnifiques soient-elles, les modernes motrices qui tractent les TGV ont définitivement perdu le caractère antique des machines à vapeur qui suaient et soufflaient dans les gares et dans les côtes et dont le panache de fumée suffoquant vous enveloppait quand d’aventure, ou en le faisant exprès, vous vous trouviez sur un pont surplombant une voie ferrée. Dans la même situation, le TGV, long serpent métallique effilé à chacune de ses extrémités, laisse à peine le temps de le regarder dans un brusque déplacement d’air.

Prendre le train jusque dans les années 50, en particulier en 3e classe sur une ligne secondaire, n’était pas très différent de ce qu’avaient connu nos parents et grands, voire arrière grands parents. Il existait une continuité dans le mode général de fonctionnement, même si d’énormes progrès de toutes sortes (vitesse, confort, sécurité) n’ont cessé d’améliorer les conditions du voyage  depuis la mise en service des premières voitures du genre diligence posées sur des plates formes ou les voitures à ciel ouvert si bien caricaturées par Daumier.

IMPRESSIONS ET COMPRESSIONS DE VOYAGE

IMPRESSIONS ET COMPRESSIONS DE VOYAGE - Ah miséricorde nous sommes tous perdus! Et non! C'est tout simplement le convoi qui se remet en marche...du moment où la machine va en avant, les voyageurs vont en arrière...c'est connu!

Dans la précédente note, j’évoquais l’avantage qu’offrait, sur les longs parcours, le compartiment en comparaison avec les voitures actuelles qui ressemblent un peu à une cabine d’avion. Il est évident que cette promiscuité pouvait aussi avoir ses inconvénients. Qui n’a pas gardé le souvenir d’effluves de saucisson à l’ail sur le coup de midi ou d’autres odeurs plus ou moins identifiables de passagers qui ne devaient pas se laver tous les jours…

TROISIEMES  - Pourvu que l'odeur du tabac n'incommode pas madame!

TROISIEMES - Pourvu que l'odeur du tabac n'incommode pas madame!

Notre famille étant nombreuse, nous avons rarement été confrontés à ces inconvénients car nous occupions la presque totalité du compartiment lorsque nous partions en vacances…Je garde par contre le souvenir d’un gâteau sec (fait maison) obligeamment offert par un passager qui devait trouver que ces enfants n’étaient pas trop dérangeants. Pendant toute la suite de ce voyage proustien, je n’ai eu qu’une envie : manger un deuxième de ces gâteaux que le voyageur conservait dans une boite en fer blanc mais j’ai dû rester sur ma gourmandise…

Un autre classique du genre dans les voitures traditionnelles : « la place occupée ». Cette situation, qui semble assez courante et sans doute aussi ancienne que les transports en commun, je l’ai observée plus tard, dans des voyages d’avant l’apparition du TGV. Certains occupants de la petite cellule qu’est un compartiment, une fois la glace rompue, avaient la fâcheuse tendance de faire bloc quand un nouveau voyageur voulait occuper une place ostensiblement marquée par un vêtement. Ce n’était pas forcément celui d’une personne qui s’était absentée momentanément et je me faisais un malin plaisir à dire que la place était libre (lorsqu’elle l’était effectivement, bien sûr) ; l’air courroucé des autres voyageurs de voir ainsi leurs aises diminuées en disait également long sur ce qu’ils pensaient de ma réaction…

- Pardon, monsieur, il y a huit places. - Mais monsieur, si nous sommes huit, comment ferons-nous pour étendre nos jambes?

- Pardon, monsieur, il y a huit places. - Mais monsieur, si nous sommes huit, comment ferons-nous pour étendre nos jambes?

Je pourrais évoquer d’autres souvenirs ferroviaires mais je préfère renvoyer à un article donné sur ce sujet il y a quelques années pour saluer le deuxième centenaire de l’invention des chemins de fer. A cette occasion, j’ai évoqué un autre centenaire : celui de la voie ferrée qui court entre Anduze (la porte des Cévennes) et Saint-Jean du Gard, village cévenol typique qui s’étend le long du Gardon, à deux pas en aval de la Vallée Borgne. Cette ligne fut inaugurée en 1909, date bien tardive après le grand élan en faveur de la construction de voies ferrées qui ont maillé tout le territoire français. Cette voie est désormais dédiée aux allées et venues d’un petit train touristique : le Train à Vapeur des Cévennes (TVC).  Des festivités organisées pour fêter ce centenaire commencent  à partir du week end de Pâques dans les trois communes desservies. Les amateurs de fumée, d’odeurs de charbon et de graisse peuvent voir des bielles en action et même visiter la « 040 », une locomotive minutieusement restaurée qui entraîne ce train en alternance, selon les heures, avec une motrice diesel. Le parcours est trop bref à mon goût mais il permet néanmoins de retrouver un peu de l’ambiance des trains d’autrefois.

Le train à vapeur des cévennes au départ de St-jean du Gard (2006)

Le train à vapeur des Cévennes au départ de St-jean du Gard (2006)

1 commentaire à Du TGV au TVC

  • wanda

    Vous avez oublié la MUSIQUE de ces vieux trains, leur musique rythmée et ce magnifique son de sifflet dont chaque train possédait le secret. Non, ce n’était pas un monstre bruyant, c’était la poésie qui passait avec ces dou-dou-dou des roues et des pistons. Et quand on sortait la tête par la fenêtre, ce vent qui faisait danser les cheveux et s’engouffrait dans les yeux (parfois dangereusement avec une poussière de charbon). Dans un TGV on va de Montpellier à Paris; dans un train ancien on allait toujours vers l’inconnu d’une aventure. Je le dis sans nostalgie, mais je suis toujours émerveillée par le souvenir de cet ancien train. Oui, voyage et déplacement: deux sensations très différentes.