14 avril 2008

Les journalistes et caricaturistes qu’on bat ou qu’on abat

Il faut toujours le même moral d’acier pour affronter la presse quotidienne mais comme il n’est pas question de me retirer dans un monastère, je ne peux faire autrement que poursuivre la lecture des journaux et découvrir les horreurs du monde. J’ai retenu une ou deux idées pour rédiger ce qui s’apparentera aujourd’hui à une revue de presse. Dommage que les dimensions d’une note hebdomadaire ne permettent pas de traiter davantage de sujets. En outre, comme je suis coutumier des digressions et des longues entrées en matière, je ne veux pas que la lecture de ces lignes devienne un pensum ou fasse fuir ! Merci donc aux surfeurs d’ici et d’ailleurs qui persévèrent, les statistiques de consultation du blog en font foi.

Question enrobage, je suis à l’extrême opposé d’un Yann Kukucka qui ne s’embarrasse pas de propos liminaires : ses notes du lundi tiennent en une seule phrase! Bel exercice de style que le « cadavre exquis », option qu’il a choisie. Personnellement, j’ai besoin de développer « mes idées » quand bien même seraient-elles – un peu - celles de Monsieur tout le monde. Je fais donc mienne la démarche de Gide lorsqu’il déclare que « toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer ». Il a raison, à preuve, la chronique quotidienne « Il y a 50 ans dans « Le Monde » - du journal du même nom - dont la teneur reste souvent d’actualité un demi-siècle plus tard. Ainsi, quand Pierre-Henri Simon écrit le 4 avril 1958 « Je voudrais qu’au moins une fois on eût protesté contre une expression qui revient souvent dans la presse, parfois aussi dans les communiqués militaires : « Tant de rebelles ont été abattus. » On abat une bête, on tue un homme », son vœu n’a jamais été exhaussé. Au contraire, le verbe si chargé de sens est employé plus que jamais par les journalistes qui commentent les nombreux assassinats perpétrés de par le monde et en particulier ceux visant leurs confrères. Cette profession est une des plus exposées est-il besoin de le rappeler ; la plume et le crayon dérangent, même si la première n’a pas été trempée dans le vitriol ou si la pointe du second a été taillée de sorte qu’elle pique un peu plus que la seule curiosité.

Liberté de la presse (chasse à la)

La chasse

Depuis qu’elle existe et malgré les risques encourus, la presse a été un outil majeur de la lutte contre l’intolérance : celle des gouvernements en particulier ; absolutistes hier, totalitaires ou autocratiques aujourd’hui. Si en 2008 les pays démocratiques n’emprisonnent plus un dessinateur, n’oublions pas que c’était monnaie courante il n’y a pas bien longtemps.

Honoré Daumier - portrait

Honoré Daumier

Aux six mois passé en prison par Daumier en 1831 pour un dessin relevant du crime de lèse majesté font écho les années de cellule qui frappent pour des raisons similaires les dessinateurs de pays dans lesquels la « liberté de la presse » s’exerce dans un cadre extrêmement étroit et rigide, quand elle n’est pas totalement muselée. Rappelons cependant que si on n’emprisonne plus les dessinateurs en France, ils ne sont pas l’abri de poursuites lorsque un de leurs dessins, comme ceux de Daumier en son temps, caricature un corps de fonctionnaires d’une manière qui n’a pas l’heur de plaire au ministre de tutelle. Le dessinateur Placid mis à l’amende pour « injure envers une administration » à cause d’un groin mal placé (déplacé?) peut en témoigner.

L'imprudente verité

- Qu’a-t-elle fait ? - Elle voulait se montrer toute nue

Journalistes matraqués par la police dans les manifestations, abattus par des tueurs à proximité des locaux de leur journal ou sur le terrain d’une enquête, sont un état de fait malheureusement trop courant, aux portes de l’Europe même. Un phénomène nouveau touche aussi les dessinateurs : les assassinats commis par des individus qui s’érigent en justiciers au nom d’une idéologie. On enrage de voir qu’un dessin, mal interprété pour une simple raison de code culturel incompris, vaut à son auteur de vivre sous protection permanente de la police dans son propre pays. Chacun devrait apprendre à connaître la culture des autres ; la bombe que le dessinateur Kurt Westergard a mise dans le turban d’un personnage supposé représenter Mahomet faisait référence « à une pièce d’Adam Oehlenschläger, poète danois du XIXe siècle. Dans ce « conte oriental », l’expression « avoir une orange dans son turban » signifie être heureux… (interview de l’artiste dans Le Monde du avril 2008). Une bombe symbolise à l’évidence le sentiment inverse. On souhaiterait, naïvement sans doute, que de tels malentendus se règlent simplement par une belle grimace, comme celle que le capitaine Haddock, ignorant des coutumes du pays, adresse au petit Tibétain qui l’a salué en tirant la langue ! Malheureusement, l’orgueil, l’aveuglement et les problèmes de prestance n’atténueront pas avant longtemps la paranoïa qui induit les comportements de nombreux individus, quel que soit leur rang, sous bien des latitudes.

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