6 avril 2011

Souvenirs de polytechniciens

Au-delà du prestige attaché à leur état, les polytechniciens savent s’amuser. J’en ai eu la démonstration le weekend dernier au cours d’un repas familial et entre amis. Deux « X », anciens condisciples d’une même « caser » (prononcer le « r », comme dans « caserne ») aujourd’hui ingénieurs à la retraite, évoquaient quelques-uns des gaités de l’escadron. Je ne vais pas tomber dans les souvenirs d’anciens combattants mais en rapporter juste un ou deux des plus drôles. Je saisis aussi l’opportunité de parler d’anciens élèves de la célèbre école pour rappeler le souvenir du premier Malgache qui en fut grand admissible : Pierre Ramanase. Homme à qui l’avenir souriait, il aurait pu être promis à une brillante carrière mais le sort en a décidé autrement…

A la question « Vous avez défilé sur les Champs Élysées ? »,  la réponse  fut donnée sous la forme d’une anecdote ; et de raconter l’histoire du petit farceur qui avait emporté un pantalon plié, caché sous sa vareuse. Il l’avait opportunément laissé choir lors du passage devant la tribune officielle…Surprise de l’assistance après le passage du peloton ; tout le monde se lève  immédiatement (au garde à vous ou pour  voir qui a perdu son pantalon?) je ne pense pas que révéler  ce « fait d’armes » relève du secret d’état et puis, il y a prescription ! L’anecdote de l’épée (la « tangente ») présentée brusquement et qui faisait sauter le bicorne de l’élève du rang précédent dans le défilé a également fait rire…Cela se passait à la fin des années 50.

Je ne sais pas si Pierre Ramanase, candidat à l’« X » de la génération précédente, était de tempérament farceur mais, comme tous les futurs polytechniciens, il était certainement bûcheur, en tout cas « un phénomène d’intelligence ». C’est ce qu’écrit Flavien Ranaivo dans son  hommage à Maurice Rasamuel (1886-1954) écrivain et prêtre anglican dont Ramanase était le fils. En fait, je ne connais  personnellement pas grand-chose de la vie de cet homme, si ce n’est par ce que j’ai glané dans les livres et sur le Web où il est d’ailleurs très peu cité (aucune photographie ne l’y représentait jusqu’à ce jour). Né en 1913, élève au lycée Galliéni de Tananarive où son intelligence est remarquée, on le retrouve en France parmi les étudiants de l’Association des étudiants d’origine malgache dont il fut membre adhérent. S’il ne figure pas parmi les seize membres fondateurs signataires des statuts de l’association, il est bien présent sur plusieurs photos prises en 1934 lors du premier de ces fameux camps de vacances vosgiens organisés durant l’été par l’AEOM et plusieurs fois évoqués sur ce blog.

Pierre Ramanase

Pierre Ramanase à Frédéric Fontaine (1934)

Sur la photo ci-dessus, Pierre Ramanase apparait souriant (le cadre champêtre du village de Frédéric Fontaine est propice).  Il participa vraisemblablement aux camps suivants, jusqu’à celui  qui eut lieu « le dernier été avant la guerre ». Il partage alors l’inquiétude des autres étudiants malgaches quant à leur devenir dans une France qui va entrer en guerre et pour laquelle les choses peuvent  mal tourner. Ainsi Raymond William Rabemanajara rapporte (1) les propos de Ramanase qui s’interroge à ce sujet : « Si les dictatures gagnent la première manche, comment perdront-elles la seconde manche, toute l’Europe sera occupée ? ». Pierre Ramanase ne connaîtra jamais la réponse ;  il meurt en 1940; je ne saurais dire si c’est au front et lequel. Il était brigadier d’artillerie. Quinze ans plus tard, à l’ouverture d’une conférence (2) sur le mouvement étudiant et le rôle qu’il doit jouer dans la lutte pour l’indépendance, une minute de silence est demandée à sa mémoire et à celle de Félix Andriamanana, autre grande figure disparue et membre fondateur influent de l’association.

1. Raymond .William Rabemananjara : Un fils de la lumière : biographie d’Albert Rakoto Ratsimamanga. – Paris : L’Harmattan, 1997. p. 126.
2. Conférence donnée à la Tranonpokolona (Maison de la municipalité) d’Antananarivo par une délégation de l’A.E.O.M. (octobre 1955).

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